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Auteur Fil de discussion: Les villes romaines  (Lu 2002 fois)
greemlins
Invité
« le: 29 Août 2007 à 23:32:26 »

LES VILLES DANS L'EMPIRE ROMAIN

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Les villes romaines

Rome en 320 ap JC (maquette)

C’est en l’an 753 avant J.-C., que Rome est fondée, si l'on en croit la légende qu'exposera plus tard le poète Virgile dans L'Enéide (voir encadré). Archéologiquement, les premières traces d’occupation de la future capitale de l’Empire romain, sur le mont Palatin, datent du Xe siècle avant J.-C., occupation qui gagnera ensuite les collines environnantes.
Au VIIIe siècle avant J.-C., ces villages essaimés se liguent en une fédération dite des Sept Monts (Septimontium). C’est la naissance de la ville de Rome qui, au fil des siècles, se développe de manière chaotique pour atteindre un million d’habitants. Elle est désormais la capitale d’un immense empire s’étendant de l’Espagne à la Mésopotamie et de la Grande-Bretagne à l’Egypte. Pendant l’Empire (31 av. J.-C. 476 apr. J.-C), son modèle urbain s’exporte alors dans les différentes provinces surtout au haut Empire (Ier-IIe siècle apr. J.-C.)

La ville, urbs, où l’entendent les Romains, se définit essentiellement par son statut juridique et c’est seulement sa fonction politique qui la distingue d’une simple agglomération. Mais, en dehors du fait qu’elle regroupe les fonctions politiques, administratives, judiciaires, elle possède aussi les organes religieux, commerciaux et ludiques de toute la cité (ville soit l’urbs et territoire qu’elle administre soit la civitas). La ville est aussi la zone de concentration d’un habitat dense où se mêlent les foyers des riches et ceux des plus humbles. Ces différentes fonctions s’expriment par la construction des monuments publics et privés qui vont s’agencer selon un plan plus ou moins régulier, conditionné par deux rues principales, le cardo (N.-S.) et le decumanus (E.-O.). Mais si certains centres urbains sont de véritables créations conçues en une seule fois, présentant alors un plan régulier (héritage grec et étrusque), d’autres possèdent un fort passé indigène qui se traduira par des plans bien moins organisés. Quoi qu’il en soit cet urbanisme est réadapté (circulation facilitée, eau abondante…) pour faciliter l’activité intense de ses villes créatrices d’une richesse spirituelle et financière mais aussi pour mettre en valeur le pouvoir impérial en place, la ville devenant le vecteur de la propagande de cette puissance.


Romulus et Rémus :


Selon une légende reprise et embellie par les écrivains Tite-Live et Virgile, Enée, héros troyen, se réfugia sur les bords du Tibre après la prise de sa ville par les Grecs. Son fils Ascagne, aussi appelé Iule, fonda la ville d'Albe-la-Longue, capitale du Latium. Numitor, descendant d'Ascagne et roi d'Albe, fut dépossédé de son trône par son frère et rival Amulius. Ce dernier prit soin de tuer la descendance de Numitor et obligea la fille de ce dernier,  Rhéa Silvia, à devenir Vestale*, statut qui la contraint donc à rester vierge. Cependant, elle donna naissance à des jumeaux : Rémus et Romulus, engendrés par le dieu de la guerre Mars. Sur l’ordre d’Amulius, ils furent exposés dans un berceau sur les eaux du Tibre et recueillis par une louve qui les allaita avant d'être enfin adoptés par Faustulus.
Devenus adultes, les deux frères chassèrent Amulius et rendirent son trône à leur grand père Numitor. Puis, associés à une troupe d'aventuriers, ils décidèrent de fonder une ville à l'endroit où ils avaient été sauvés par la louve, à 25 kilomètres au nord-ouest d'Albe, au pied du mont Palatin.
Pour savoir lequel règnerait sur la ville, ils demandèrent un signe aux dieux. Ils décidèrent alors de s'en remettre à une prise d'auspices* en observant le vol des oiseaux : Rémus, du haut de l'Aventin, vit six vautours, mais Romulus, du haut du Palatin, en vit, lui, douze. Romulus traça aussitôt à la charrue le périmètre de la future cité, périmètre réputé sacré et inviolable : le pomerium. Mais il ne put empêcher son frère de sauter par-dessus le sillon, par bravade. Romulus tua alors son frère jumeau en disant : "Ainsi périsse quiconque à l'avenir franchira mes murailles". Ainsi, c'est sous le signe des dieux et de la violence que naquit la Ville éternelle, empruntant son nom à son fondateur.


 
Comment connaissons-nous les villes de l'Empire romain ?

Les sites de Pompéi et d’Herculanum

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Les villes romaines

Site de Pompei

Le 29 août 79, sous le règne de Titus, le Vésuve, volcan jusque-là endormi, entre en éruption et ensevelit les villes antiques d’Herculanum, Pompéi et Stabies, situées à ses pieds, sur le golfe de Naples. En 1710, la première ville mise au jour est  Herculanum. Découverte par hasard, la ville est fouillée de façon désordonnée, au moyen de tunnels et de puits, qui détériorent les vestiges. Les statues sont pillées, les objets en bronze fondus, au profit de membres de la noblesse. C’est en février 1748, qu’un paysan découvre un vase de bronze en labourant son champ. Sans le savoir, l'homme vient d'exhumer les premiers vestiges de Pompéi. Du fait de la difficulté des fouilles à Herculanum, la couche de boue durcie étant très épaisse et très dure, les recherches se portèrent rapidement sur le site de Pompéi. En effet, les cendres et les lapilli qui, transportés par le vent, se sont abattus sur Pompéi ont formé des couches peu épaisses (5 à 6 mètres d’épaisseur au maximum), sans consistance et perméables à l'eau. À Herculanum, au contraire, ce sont des détritus volcaniques, laves et pierres ponces, qui se sont précipités du haut de la montagne. Les pluies torrentielles qui accompagnaient le phénomène transformèrent cette coulée en un torrent boueux qui envahit toute la ville, puis finit par se solidifier. Cette carapace terreuse présente une épaisseur qui varie de 12 à 25 mètres. Les fouilles de Pompéi débutèrent le 23 mars 1748. On découvrit rapidement monnaies, statues, fresques, un corps. De 1770 à 1815, les fouilles s'accélèrent sous l'impulsion des rois, français, de Naples. Très vite, rois, princes, artistes viennent de toute l'Europe pour visiter le chantier. Actuellement, les fouilles se poursuivent, car 1/5e environ du site reste à dégager. Cependant, aujourd’hui, priorité va à la préservation des vestiges, abîmés pas les intempéries, les visiteurs, les flashes des appareils photos. Les fouilles de ces deux sites, bien que  pénibles, ont permis la découverte de villes figées dans l’état où elles se trouvaient lors de l’éruption, en 79. Personne n'avait pu la piller ni en retirer le moindre objet. Aujourd’hui encore, ces vestiges sont des plus marquants, recréant pour les visiteurs l’atmosphère d’un centre urbain antique.

Les fouilles des villes antiques :

Les vestiges des villes antiques sont parfois en plein campagne (ex. Timgad) mais le plus souvent, ils sont dans le sous-sol de nos villes actuelles. En effet, sur un site géographique privilégié par sa localisation (aspect défensif, facilité de l’approvisionnement par les voies de communication…), l'implantation de l'homme est souvent constante à travers les époques et donne lieu au développement d'agglomérations qui, aujourd'hui, sont souvent devenues des métropoles. Aussi, en ville, la stratification archéologique est plus ou moins importante, tant en volume qu'en complexité. Les phases d'évolution de ces centres urbains sont en effet très complexes et nombreuses, les périodes se succédant, les sols se superposant et les constructions s'enchevêtrant.
La fouille de tels sites, l’archéologie urbaine, nécessite souvent la destruction des différents vestiges qui s’y trouvent mêlés afin de comprendre les différentes étapes de l’urbanisme de la cité. Les fouilles urbaines, souvent liées à la construction de parking souterrain, à des lignes de métro… offrent de plus une vision morcelée du passé antique. Cependant elles permettent une meilleure connaissance des villes antiques par des relevés et l’étude précis de ces vestiges rencontrés dans le sous sol lors des travaux de réamanagements des villes contemporaines.

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Les villes romaines
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Les villes romaines

Remparts romain d'Autun et vue de Glanum (crédit : Mogwai)


Partie I: La  ville romaine: l’héritage des urbanismes grec et étrusque réadapté

A: Plan d'urbanisme et quartiers.

La civilisation romaine se caractérise par son caractère urbain. La ville romaine s’organise autour d’un plan plus ou moins régulier. Cet urbanisme dérive d’une vieille tradition issue en partie des étrusques*. Le type de plan régulier a été ensuite conceptualisé par Hippodamos de Millet, architecte grec, dès le Ve siècle av. J.-C., afin d’offrir un semblant d’égalité entre les citadins. Les villes des colonies romaines, bâties en une seule fois, présentent ce type de plan qui contraste avec les agglomérations chaotiques, dont Rome n’est que l’exemple le plus spectaculaire. La ville est souvent de forme carrée et entourée d’une enceinte. Elle est construite autour de deux rues principales, perpendiculaires, le cardo maximus (axe nord-sud) et le decumanus maximus (axe est-ouest) qui aboutissent à des portes. Des rues secondaires, parallèles aux premières, délimitent des îlots (insulae) renfermant maisons et bâtiments publics ; le forum occupe plusieurs îlots à l’intersection des grands axes. Quand les sites urbains sont en pente des aménagements en terrasses sont nécessaires. Les thermes et les édifices dédiés aux spectacles ne sont pas spécialement liés au forum et, souvent, se trouvent à la périphérie de la ville. Des quartiers s’organisent dans ce schéma : quartiers résidentiels, commerciaux, artisanaux…. Au fil des années, des faubourgs périphériques s’installent pour pallier le manque d’espace nécessaire à une population citadine qui ne cesse de croître.

Lors de la pax romana, les villes ne sont pas fortifiées, la protection s’exerçant aux frontières. Seules les colonies, ou certaines cités, reçoivent le droit d’édifier une enceinte, plus symbolique que fonctionnelle (ex. Autun). Après les crises de l'empire romain, au IIIe siècle, Dioclétien réforme et réorganise les provinces. Les capitales de province changent. Il en est ainsi pour Reims et Besançon qui deviennent capitales de province. Une partie de la population urbaine gagne les campagnes et la ville voit sa surface se réduire. Avec les invasions barbares la fortification retrouve son rôle premier. A cette période, de nombreuses villes se referment sur un noyau plus réduit le castrum. Mais on se contente généralement d’enfermer dans cet espace relativement restreint (une dizaine d’hectares en moyenne), les bâtiments publics essentiels à la poursuite de la vie économique et politique de la région. Les quartiers d’habitation restent à l’extérieur.


*Etrusques : habitants de l'Étrurie, région de l'Italie ancienne, située entre l'Arno et le Tibre.


B: Le forum au coeur de l'espace urbain

Lieu de rassemblement et de cérémonies, le forum assure les fonctions politiques, administratives, judiciaires, religieuses, financières et commerciales de toute la cité.  Organisé autour d’une vaste place qui sert de lieu de rencontre et parfois de marché, il occupe souvent, au coeur de la ville, une part importante de l'espace urbain, à proximité de l’intersection des deux axes principaux. Le forum est composé généralement d’une place délimitée, sur trois côtés, de portiques à colonnades parfois doublés d’une galerie souterraine (le cryptoportique). Le forum s’articule souvent selon un plan régulier tripartite et symétrique avec la place publique (area publica), l'aire religieuse du temple ou de l’autel où est célébré le culte impérial  (area sacra) à l’ouest, et la basilique, à l’est, qui s’étend sur toute la largeur du monument, où se traitent les affaires de la cité et où siègent les tribunaux. Ce forum possède parfois d’autres monuments comme la curie. L’accès à la place se fait par des portes situées au milieu des grands côtés. À l’extérieur, sur une galerie trottoir où de nombreuses boutiques s’adossent aux murs du forum. C’est dans ce lieu, très fréquenté, que se concentrent tous les signes de la dignité municipale et que s’exprime le sentiment d’appartenance au monde romain.

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Les villes romaines

forum

- Basilique : édifice romain qui remplit principalement une fonction commerciale et judiciaire. Il s’agit d’une grande salle rectangulaire, souvent terminée par une abside, et divisée par des colonnades en trois ou cinq nefs, dont celle du centre est surélevée ; la lumière entre par des fenêtres percées dans les parties hautes.
- Curie : salle de réunion du Sénat  (à Rome) ou du conseil municipal.


C: Les habitations

La domus.

La domus (maison urbaine des gens aisés) est construite en retrait par rapport à la rue et ne comporte pas de fenêtres donnant sur celle-ci. Elle est fermée sur elle-même. Elle possède une entrée étroite (fauces) au milieu de la façade, avec une porte (janua) à deux battants (fores). Cette entrée s’ouvre sur un vestibule (vestibulum) qui conduit à l’intérieur de la maison, au plan rectangulaire, organisée autour d’une pièce principale l’atrium ouvrant sur le tablinum, bureau du maître où il recevait ses clients*. C’est cette espace qui est l’espace publique de la maison romaine. L'atrium est une grande cour carrée avec, en son centre, un bassin du nom d’impluvium. Cette pièce est couverte d’un plafond avec ouverture appelée compluvium. La pluie tombant par cette ouverture est recueillie dans le bassin pour puis dans une citerne, afin de couvrir les besoins en eau de la maison. L'atrium, grâce au compluvium, est la partie la plus éclairée de la maison. Dans un coin de cette pièce est placé un autel domestique où sont vénèrées les divinités protectrices de la maison (lararium). A l’arrière de l’atrium s’ouvrent le tablinum, sorte de bureau, une salle à manger (triclinium), des chambres à coucher (cubicula) et sur les autres côtés, une cuisine (culina) ainsi que des pièces de service. La maison posède souvent un étage et un petit jardin (hortus). L'oecus est le salon intime. Il est situé au-delà du jardin, dans l'axe de l'entrée et du tablinum.

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Peristyle et atrium d'Herculanum ( crédit : Mogwai )

A partir du IIe siècle av. J.-C., les Romains citoyens de l'empire influencés par les Grecs, continuent à construire des domus avec atrium mais les agrémentent d’un second ensemble plus luxueux, au-delà du tablinum, organisé autour d’une cour en grec « style » signifie « colonne ») orné de plantes, de fontaines, de statues… Il assure la transition entre les appartements et le jardin. Un corridor (fauces) fait communiquer les deux ensembles et le tablinum (bureau du maître) a une ouverture sur le péristyle et une autre sur l'atrium. L’atrium et le tablinum perdent leur caractère privé et deviennent des pièces destinées à l’accueil de la clientèle (personnes qui demandent appui et faveurs en échange de services) par le père de famille. Dans la maison double, la partie privée et la partie publique sont désormais soigneusement séparées. Les pièces de réception sont décorées avec des statues, des vases et des tapisseries de valeur. Les colonnes du péristyle et les murs de la maison sont revêtus de marbre et de matériaux rares, avec peintures et mosaïques. Derrière la maison s’étale un jardin organisé de façon géométrique. Sous l'empire, le mobilier devenant abondant, le lararium est déplacé sous le péristyle.  Ces riches maisons possèdent souvent des bains et des latrines.


*clients : Le patron, homme puissant, protège de nombreuses personnes, ses clients, qui forment sa clientèle. Cette clientèle est formée par les paysans qui cultivent ses terres, par les esclaves qu'il a affranchis et leurs descendants. Ces descendants d'affranchis portent d'ailleurs le nom de leur ancien maître.

L'habitat collectif  (immeuble, insula)

Dès l'époque de la République, pour les gens moins riches, sont construits des immeubles (insulae) divisés en logements (cenacula) et parfois en boutiques au rez-de-chaussée. Un locataire principal, le coenacularius loue tout l'immeuble et spécule sur la sous-location. Ces appartements sont aérés et éclairés par des fenêtres sans vitres, des balcons et, parfois, par des puits de lumière à l’intérieur du bâtiment. Faute de cheminée, la cuisine se fait sur des réchauds et le chauffage se réduit à de simples braseros. Ces logements ne possèdent pas l'eau courante ; seule une fontaine au pied de chaque immeuble permet l'approvisionnement. Certains de ces  bâtiments ont plus de 20 mètres de haut et possèdent jusqu'à sept étages. La principale préoccupation des architectes est, en effet, de gagner en hauteur la place qui manque au sol, pour loger le plus de gens possible, dans le minimum d’espace. Toujours par souci de gain de place, les murs ne sont pas très épais. Quand la construction est en pierre, ce n’est guère gênant, mais avec la brique, un problème de solidité se pose. D’autant que, pour alléger la structure, les étages supérieurs, occupés par les plus pauvres, n’ont que des poutrelles de bois comme armature. Aussi les immeubles qui s’écroulent sur leurs occupants ne sont pas rares. Les incendies sont également très importants en raison des matériaux employés et l’étroitesse des rues favorise leur propagation, des quartiers entiers s’embrasant. C’est pourquoi l’empereur Trajan finit par interdire, au début du IIe siècle,  les immeubles de plus de 18 mètres de haut. Faces au problème de l’extension de l’habitat, dans toutes les grandes villes, les immeubles qui logent désormais des familles aisées se multiplient. À la fin de l'empire, Rome compte 46 000 insulae contre 1 800 domus.


Insulae

D: L'eau qui coule à flot

Les aqueducs.

Les villes antiques sont de grandes consommatrices d’eau. Les fontaines, les thermes, les latrines et certaines activités artisanales, comme les moulins, en consomment de grandes quantités. En outre, les maisons riches sont parfois alimentées en eau courante. Aussi des canalisations aériennes et souterraines, les aqueducs, conduisent, vers les villes, l’eau des sources, des lacs, des rivières éloignées. L’aqueduc de Carthage (IIe siècle apr. J.-C.) parcourt ainsi 132 km. Les ponts, dits également aqueducs, permettent à cette eau de franchir les vallées. Ces ponts comptent parmi les réalisations les plus impressionnantes de l’architecture romaine. Le pont du Gard (Ier siècle apr. J.-C.) a résisté au temps, comme beaucoup d’autres. Il offre un exemple rare d’agencement à trois ponts superposés. L’eau provenant de l’aqueduc est ensuite stockée dans un énorme réservoir surélevé d’où partaient les différentes canalisations desservant les multiples points d’eau de la ville.

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Pont du Gard

Les thermes et toilettes publics.

Les thermes publics sont, dans l’antiquité, bien plus que des établissements de bains. Au-delà de l’hygiène, ils encouragent le sport et la culture avec l’épanouissement du corps et de l’esprit, ainsi que la vie sociale. Lieux de rencontre et de discussion, ces établissements deviennent très vite des édifices de propagande pour le pouvoir en place. Aussi des thermes déjà luxueux sont construits à Pompéi dès la fin du IIe siècle av. J.-C. ou à Rome par Agrippa vers 25-19 av. J.-C. Avec l’empereur Néron, apparaît à Rome (vers 52 apr. J.-C.), le plan type des thermes impériaux, qui se multipliera ensuite dans toutes les villes de l’empire (Trèves, Lutèce). Sur un axe central, se succèdent les principales pièces liés au bain : piscine (natatio), bains froids (frigidarium), bains tièdes (tepidarium), bains chauds (caldarium) alimentés par les salles de chauffe (voir les thermes des villas gallo-romaines). De part et d’autre de cet axe, s’agencent deux ensembles symétriques qui comprennent l’un et l’autre une entrée, un vestiaire (apodyterium), une grande cour à péristyle sur laquelle donne une petite pièce, la palestre, sorte de gymnase. Des salles de conférences, des bibliothèques, des musées complètent ces ensembles. Avec les progrès de la construction romaine (notamment la maîtrise des voûtes), les édifices tardifs occupent des surfaces énormes (11 ha pour les thermes de Caracalla, à Rome, achevés en 216 apr. J.-C. ; 14 ha pour ceux de Dioclétien à la fin du IIIe siècle). Seules les maisons riches possédaient des bains et des lieux d’aisance privés. Aussi la plupart des Romains utilisent-ils les thermes et  toilettes publiques.

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Thermes à Herculanum (crédit : Mogwai)

Les fontaines.

L’architecture liée à l’eau comprend aussi d’innombrables fontaines publiques, plus ou moins complexes accessibles à chacun : femmes, esclaves, aquarius (porteurs d'eau). Mais, dans les riches maisons, on installe l'eau courante. Hérode Atticus a ainsi construit à Olympie un nymphée* (IIe siècle apr. J.-C.) décoré des statues des membres de la famille impériale et de celle de sa femme, Annia Regilla. On retrouve également des nymphées en contexte privé, à Pompéi notamment.

*Nymphée : A l'origine, dans le monde grec, le nymphée renvoie à un sanctuaire dédié aux nymphes. Les nymphes étaient des créatures mythologiques associées aux sources, aux bois et aux montagnes. A cette époque, le nymphée prenait généralement la forme d'une grotte naturelle ou artificielle (dans ce cas construite et ornée d'un décor de rocailles) associée à une source. Dans le monde romain, il s’agit  d’un fontaine publique monumentale.

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Les villes romaines

Fontaine privée à Herculanum ( Mogwai)

Les égouts.

Les eaux usagées et les eaux de pluie se déversent dans des égouts souterrains situés sous les rues des villes. L’exemple le plus célèbre est le grand égout collecteur de Rome, la Cloaca Maxima. Construit, selon les légendes historiques, sous le règne du premier roi étrusque de Rome, Tarquin l’ancien, au VIe siècle, il draine tout d’abord, par un important système d’égouts, la vallée et le site marécageux qui va recevoir le futur forum. La Cloaca Maxima est ensuite reconstruite et agrandie au IIe siècle avant J.-C. et devient un canal, couvert d’une voûte en plein cintre, de 600 m de long pour un diamètre de 5 m. Plusieurs fois restaurée, cette canalisation sert encore aujourd’hui. Pour faciliter l’écoulement des eaux de pluie dans les égouts, la route est bombée. L’eau ruisselle, sur les bas côtés, dans des rigoles qui rejoignent des bouches d’égout disposées à intervalles réguliers. Les canalisations, destinées à évacuer les eaux usagées de certaines riches maisons ou ateliers, se rencontrent plus rarement plus rares car leur installation s’effectue aux frais des propriétaires. L’entretien des égouts est régulier pour éviter des dépôts susceptibles de boucher la canalisation. Les fontaines, dont l’eau se déverse sur la chaussée, assurent un nettoyage permanent en augmentant le courant dans les égouts. Mais on n’hésite pas aussi à vidanger la canalisation avec le trop plein d’eau amenée par les aqueducs. Les grands collecteurs sont conçus pour qu’un homme puisse y descendre afin d’effectuer les contrôles et travaux nécessaires.

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Egout de Glanum

Le feu dans villes antiques

Le feu cultuel à Rome, le foyer des vestales, prêtresse vouée à Vesta déesse du foyer à Rome.:
les Vestales étaient les continuatrices d'une très ancienne tradition, le maintien du feu commun perpétuellement allumé. Le Grand Pontife choisissait des fillettes âgées de 6 et 10 ans, et de naissance libre (d'origine patricienne exclusivement). Elles devaient être sans défaut corporel ni moral et devaient, sous peine de mort, rester vierges durant leur sacerdoce. L'extinction du feu était considérée comme un funeste présage. Le service des Vestales durait trente ans. Leur collège s'organisait en trois groupes d'âges différents, les plus jeunes étant instruites par les plus anciennes pendant dix ans, celles de la classe intermédiaire entretenaient le feu.
Le feu domestique : brasero (bassin de métal, rempli de charbons ardents, posé sur un trépied) ou le foyer des salles chauffées par hypocauste.
Les flammes de la lumière artificielle : torche, lampe à huile, candélabres et lanternes permettent d’éclairer les édifices privés et publiques.


La ville des morts.

Les tombes sont généralement situées hors des villes, à proximité immédiate des entrées, au bord des routes. Seules les sépultures de certains hommes illustres (tels les empereurs) peuvent être édifiées dans l’enceinte de la ville. Certaines nécropoles sont de véritables villes des défunts comme celle de l'Isola Sacra, le cimetière de la ville romaine de Portus. De part et d'autre de la voie romaine qui relie Portus et Ostie, se concentrent des tombeaux en forme de petites maisons. Sur les façades de briques, des bas-reliefs représentent le métier du défunt.  Mais, dans l’empire romain, se rencontrent des formes variées de tombes reflétant les goûts, les préoccupations et le statut social de leurs commanditaires, liées aussi parfois à des traditions locales particulières. Deux types prédominent : la rotonde d’allure massive, auparavant employée chez les Étrusques, et la construction élancée, le mausolée –comme  celui de la famille des Julii de Saint-Rémy-de-Provence, ancienne Glanum (entre 30 et 20 av. J.-C.), qui se présente sous la forme d’une tour. Mais sont également construits des monuments originaux, par exemple à Rome, la pyramide de C. Cestius (époque d’Auguste), inspirée de l’Égypte, le monument d’Eurysaces (fin du Ier siècle av. J.-C.) -boulanger enrichi- monument décoré de trous (qui imitent sans doute les mesures à blé) et de reliefs illustrant la fabrication du pain. Seuls les riches peuvent s’offrir de tels monuments. Pour les autres, d’innombrables tombes collectives, de type hypogées (aménagements souterrains) voûtés, comportant des niches (souvent des centaines) où étaient déposées les urnes cinéraires ; la ressemblance avec des pigeonniers explique leur nom latin : columbaria

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Les villes romaines

Mausolée de Glanum et Nécropole de Pompéi (Mogwai)

Partie II : La ville romaine: un art de vivre

La ville romaine n’est pas une cité dortoir. Ses rues animées proposent une multitude de boutiques et d’ateliers Bruits, odeurs, mouvements de foules créent une ambiance de marché typique de la Méditerranée  Mais ce n’est rien comparé à l’ambiance surchauffée qui s’instaure au moment des jeux et autres combats. Ville de loisirs, de richesses et de connaissances, la cité romaine est un lieu d’intenses activités où les dieux sont toujours associés.

A: Fabriquer/vendre.

Les marchés (macellum, pluriel macella) complètent le forum. Ce sont, en général, des places bordées de colonnades. Les matériaux employés, comme le marbre, ou le type d’architecture édifié comme les pavillons, (ex Leptis Magna), leur confèrent un aspect luxueux. Les marchés de Trajan, aménagés à Rome par l’architecte Apollodore de Damas, à partir de 113, au dessus du forum, sur les pentes du Quirinal, forment même un véritable centre commercial.


Marché de Trajan

Cet hémicycle concave à deux étages d’arcades, aménagé au-dessus du forum, propose 150 échoppes de produits de luxe (épices…) ou de biens plus courants (vin, huile, fruit, fleurs, poissons…). Par ailleurs, des boutiques (tabernae) et des bars (thermopolia) installés au rez-de-chaussée des maisons et des immeubles bordent les rues de toute la ville. Ces commerces sont parfois signalés par une enseigne illustrée. Loué par les commerçants et artisans, le local se compose d'une pièce unique donnant sur la rue par une grande baie fermée la nuit par des volets. Le mobilier est constitué d’une table de maçonnerie qui sert à l'étalage, de rayonnages et de tréteaux. Les boutiques ouvrent tôt et ferment tard, avec une pause l’après-midi. Quand les produits ne sont pas fabriqués sur place, ils sont acheminés la nuit, par charrettes. Dans ces villes, se rencontrent de nombreux artisans comme les boulangers, verriers, tanneurs, bronziers, foulons*...

*Foulon : ouvrier chargé du foulage du drap pour en resserrer et enchevêtrer les fibres.

B: S'instruire

Les enfants de tous les aristocrates, des hauts fonctionnaires et de la plupart des classes moyennes sont scolarisés soit chez eux avec un précepteur, soit dans une école. Les études débutent à 7 ans.
Les professeurs sont principalement grecs. Au départ, l’enfant apprend à lire et à écrire le grec et le latin. Puis vers 12 ans, l’enseignement est complété avec des cours d’histoire, de littérature, d’éloquence et de mathématiques pour les garçons, de musique et de poésie pour les filles. Enfin les élèves les plus brillants continuent leurs études dans une école de rhétorique où se forme l’élite de la société romaine. Ils y apprennent à parler en public et à débattre des lois. Les maîtres utilisent des rouleaux de papyrus tandis que l'écolier écrit à l’aide de stylets sur des tablettes de bois enduites de cire. Autre lieu de culture : la bibliothèque (ex. Pergame, Alexandrie, Ephèse). Elle peut être autonome mais souvent elle est  intégrée aux thermes.  


Bibliothèque de Celsus à Exphèse

C: Se distraire

Les citadins, fortunés ou non assistent à divers spectacles. Le théâtre, invention grecque, a été repris par les Romains sous une forme légèrement différente puisque en cet édifice on ne procède plus à des rites religieux. Désormais, on joue des tragédies et des comédies mais aussi des pantomimes*. Le théâtre romain est un édifice compact constitué de trois parties, les gradins (cavea), l’orchestra, en demi-cercle, et l’édifice scénique. Les théâtres peuvent être implantés en terrain plat, car les gradins ne s’établissent pas sur une pente naturelle, comme dans les théâtres grecs, mais sur des substructions voûtées. Les acteurs évoluent sur une scène basse et dans l’orchestra devant un mur très orné (frons scenae). Les acteurs portaient des masques. Comme en Grèce, tous les personnages, même les femmes, étaient joués  par des hommes. Pour les concerts, les Romains disposaient d’un bâtiment couvert, l’odéon. L’amphithéâtre (littéralement « théâtre en rond »), destiné aux chasses et aux combats de gladiateurs, se compose d’une arène et de gradins elliptiques ; certains aménagements, comme les cages des fauves, se trouvent en sous-sol (Colisée). Le plus imposant de ces édifices est le Colisée de Rome (70-80 apr. J.-C.) qui peut accueillir environ 50 000 spectateurs.

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Les villes romaines


Dans l’hippodrome, appelé aussi cirque, on assiste à des courses de chars, très prisées dans l’antiquité. La spina, sorte de longue base portant divers éléments, marque l’axe de la piste autour de laquelle tournent les chars ; les gradins s’incurvent à une extrémité. Le palais de Maxence, à Rome, réalisé au début début du IVe siècle apr. J.-C., possédait un cirque exemplaire (512 m sur 81-85 m ). Proche de l’architecture de l’hippodrome, le stade, moins répandu dans l’empire romain, offre une piste pour les jeux athlétiques. Enfin, furent aussi construits des bassins pour les batailles navales. Tous ces spectacles pouvaient ainsi servir de propagande car ils étaient patronnés par de riches citadins cherchant à se faire élire à un poste important.

* Pantomime : genre théâtral inventé par les Romains, comparable aux danses  indiennes contant une histoire à l’aide de gestes, de masques et de costumes.


D: Honorer les dieux

La religion joue un rôle prépondérant dans la vie des Romains qui organisent de nombreuses fêtes tout au long de l’année pour célébrer un dieu, une déesse ou encore un évènement mythologique ou politique. Elles prennent souvent la forme d’une procession qui se termine par un sacrifice au temple. Outre l’aspect religieux, ces fêtes étaient l’occasion de boire, de manger, d’écouter de la musique, de danser et d’assister à des spectacles. Les divinités honorées sont nombreuses et présentent des origines variées. En effet, pour une meilleure intégration des populations indigènes, les Romains se montrent assez tolérants, vis-à-vis des cultes étrangers. De nombreux lieux de cultes sont aménagés dont le temple et l’autel. Ces temples sont pour la plupart rectangulaires, plus rarement ronds (tholos). Le cœur du temple est la cella, salle qui abrite la statue de culte. Dans un temple courant, un vestibule (le pronaos) précède la cella ; des portiques bordent certaines faces ou entourent le bâtiment (temple périptère*, pseudo-périptère *). Les murs intérieurs s’ornent éventuellement de niches à frontons et de moulures sculptées. Le temple se dresse, en général, sur un podium qui contribue à sa majesté.


Panthéon de Rome

* Temple périptère : temple entouré, sur tout son périmètre, de colonnes libres. Ce temple d’origine grecque se rencontre plus rarement dans la civilisation romaine.
* Temple pseudo-périptère : temple entouré de colonnes engagées dans les murs de la cella, sauf à l’avant où elles délimitent le pronaos (ex. la Maison carrée de Nîmes).


Partie III: La ville romaine: la domination impériale

A: Une « petite » Rome, l'administration de la cité

L’administration de la cité.

L’Empire romain se présente comme une fédération de multiples cités (civitates). Chaque cité possède un territoire et un centre urbain à l'image de la capitale Rome. On distingue trois types de cités, les cités pérégrines*, les municipes* et les colonies*. Les plus romanisées par les mœurs et les institutions recevaient des droits plus avantageux. Les cités de l’Empire (31 av. J.-C. à 476 apr. J.-C. pour l’Empire romain d’Occident) ont leurs propres administrations souvent calquées sur celles de Rome. Le conseil des cités, équivalent local du Sénat romain *, est constitué de notables (les décurions, anciens magistrats) nommés à vie. Pour entrer en fonction, ils doivent payer une caution (summa honoria). Leur nombre est très variable selon les localités, mais généralement fixé à 100. Ce Sénat municipal gère l’ensemble des affaires de la cité et c’est lui qui, dans de nombreuses cités, élit les magistrats : les édiles, pour les problèmes de bâtiment, de voirie ou de police…, les duumvirs, pour les problèmes de justice, le questeur pour les finances. Les magistrats sont choisis ou élus parmi l’élite locale. Il s’agit d’une élite de fortune (riches propriétaires, négociants et artisans les plus aisés) et de culture (bonne connaissance de la langue latine et parfois grecque, langue enseignée à l’élite, résidence urbaine). Des « affiches » peintes sur les murs en faveur du candidat s’observent ainsi, à Pompéi, par exemple. Le conseil de la cité délibère sur proposition de ces magistrats et vote des décrets (decreta). Il a aussi compétence sur le domaine religieux, désignant les prêtres et fixant le calendrier des fêtes.

*Les cités pérégrines (la majorité des cités provinciales) sont les cités indigènes qui conservent leur propre droit et leurs institutions municipales, même si des groupes de citoyens romains y habitent. Certaines de ces cités sont en théorie soustraits à l'autorité de l'empereur.
*Les municipes sont des cités d’origines indigènes (fondation antérieure comme Marseille, Narbonne) sous l’autorité de Rome. Elles sont dotées d'institutions de type romain.
* Les colonies latines ou romaines sont des créations ex-nihilo qui supposent, en principe, un apport de population transalpine. Mais à partir de l’empereur Claude, des colonies fictives de provinciaux apparaissent, et celles qui sont créées sous les Sévères revêtent un caractère honoraire. Leurs habitants sont citoyens romains de plein droit.


*Sénat romain  : Le Sénat est une des institutions de gouvernement de la République romaine. Ses membres sont élus parmi les patriciens de Rome. En théorie le recours à ce conseil n’est que consultatoire, mais en pratique l'influence morale du Sénat est telle que la plupart des projets passent devant le Sénat, et que les projets qu'il désapprouve ne sont qu'extrêmement rarement présentés à l'approbation populaire.

Le culte impérial

Le culte impérial est le culte officiel qui crée un lien puissant entre l’empereur et ses sujets à travers tout l’Empire, lien essentiel pour la stabilité de l’Empire. Ce sont les Grecs intégrés désormais à l’Empire romain qui ont rendu en premier un culte à la ville de Rome divinisée. Lorsqu’ Octave fut devenu le maître du monde romain, en devenant l’empereur Auguste, ils s'empressèrent de l'adorer. Le culte de Rome et d'Auguste prit alors une rapide extension en Italie et dans le reste de l’empire romain. A sa mort, en 14 après J.-C., il fut placé au rang des dieux : c’est ce que l’on nomme l’apothéose. Ce culte perdure ensuite mais peu de successeurs d'Auguste sont adorés de leur vivant. Ce culte impérial peut revêtir différentes formes : dédié à la ville de Rome éternelle et auguste (Urbs Roma aeterna Augusta), à un empereur mort et divinisé (Divus Augustus, Divus Vespasianus, etc.), à l'empereur vivant, à une divinité en quelque manière symbolique, Auguste (Augustus), à tous les empereurs divinisés (Divi), à des impératrices ou à d'autres membres de la famille impériale également promus au rang divin. Un autel ou un temple de type romain, comme la Maison carrée de Nîmes, est élevé dans le chef-lieu de chaque province et dans les villes de nombreuses cités. Ce culte est accompli par les sévirs augustaux*. Au nombre de six, ils se recrutent parmi les riches affranchis. On attend d'eux qu'ils se comportent en évergètes. Ils représentent ainsi l'élite de la plèbe et peuvent exceptionnellement recevoir les ornements du décurionat. Tous les citoyens sont obligés de pratiquer le culte impérial. C’est parce qu’ils ne voulaient pas pratiquer ce culte et vénérer l’empereur comme un dieu que les chrétiens furent persécutés. Ce refus irrita les Romains qui mirent des chrétiens dans les arènes avec les lions.

* Evergétisme : pratique sociale des riches particuliers qui participent de leurs deniers à l’embellissement de leur cité ou prennent en charge une partie de ses obligations financières, distribuent de l’argent à leurs concitoyens, organisent des jeux ou des spectacles, des banquets publics… C’est un moyen de se faire élire aux magistratures municipales.
*sévirs augustaux : collèges de six membres voués aux prêtrises consacrées au culte impérial.
* affranchi : esclave devenu libre
*plèbe : Chez les Romains, la plèbe désigne les classes populaires d'hommes libres, mais exclus des privilèges de la noblesse (le patriciat)

Le Conseil des Trois Gaules (concilium trium Galliarum) : chaque année, depuis 12 av. J.-C., l'assemblée juridique des trois Gaules célèbre, à Lugdunum (Lyon), le culte de Rome et d'Auguste, elle proclame ainsi son loyalisme à  Rome sur l'autel de Lyon, le 1er août, date anniversaire de la prise d'Alexandrie par Octave, futur Auguste, premier empereur romain.


C. Les monuments en l'honneur de Rome et de l'Empereur



Arc de Constantin à Rome

Dans la ville, et notamment sur le forum, des monuments honorifiques sont érigés en l’honneur de l’Empereur en place et de ses hauts-faits. Ces édifices sont des éléments de propagande du pouvoir en place. L’arc de triomphe à une ou trois baies est orné de scènes sculptées. Elles illustrent le triomphe du destinataire et ses exploits militaires (batailles, reddition des vaincus comme sur l’Arc de Titus), mais aussi, parfois, ses qualités morales (arc de Trajan, d’Hadrien). D’autres monuments honorifiques consistent en une colonne surmontée de la statue du personnage honoré. La plus illustre est la colonne trajane (du nom de l’empereur Trajan) installée par l’architecte Apollodore de Damas sur le Forum de Trajan, à Rome  et qui porte aujourd’hui la statue de saint Pierre. En marbre, elle a une hauteur de 33 m (de 40 m avec la base) pour un diamètre de 3,80 m. Elle est décorée d’une frise sculptée longue de 200 m qui s’enroule en spirale autour du fût. Elle retrace, dans l’ordre chronologique, les campagnes de Trajan contre les Daces (en Roumanie actuelle). L’autel, édifice à vocation cultuelle, peut revêtir parfois une fonction honorifique comme l’Ara Pacis Augustae, autel de la Paix d’Auguste (13-9 av. J.-C.) à Rome. Ses reliefs commémorent à la fois la fondation  de Rome et rappellent les bienfaits de l’empereur, à travers des allégories et un décor végétal, symbole de la prospérité de l’empire. D’autres autels de ce type rappellent les victoires militaires des empereurs. C’est le cas de l’autel monumental de Lucius Verus à Éphèse (165-169 apr. J.-C.) illustrant ses victoires sur les Parthes.

 
Conclusion : La redécouverte de la représentation de la ville romaine

Sa renaissance dans son style architectural

Les fouilles des thermes de Caracalla par les Farnèse, inspirent les architectes de la Renaissance des XVe et XVIe siècles. Les formes de l'Antiquité reviennent à la mode : colonnes, pilastres, frontons, coupoles, statues décorent les édifices de cette époque. Ce goût pour le classicisme gréco-romain durant la Renaissance relança les efforts d’urbanisme dans le style classique, sans toutefois parvenir à détruire la structure urbaine issue du Moyen Âge. En opposition aux rues étroites et irrégulières des villes médiévales, l’urbanisme de la Renaissance accentuait les rues larges, régulières, en étoile ou en circonférence.

 Une ville comme Ferrare, en Italie, souvent considérée comme la première ville européenne moderne, présente même des rues droites avec des angles droits, mais intégrées dans des blocs de construction asymétriques liés à la dynamique et à l’histoire ancienne de la cité. La « cité idéale » ne devint ainsi concrète que dans de rares cas, comme par exemple Urbino en Italie ou les villes-forteresses de Vauban. On trouve d’autres exemples d’une disposition néoclassique dans le plan de Londres de l’architecte anglais sir Christopher Wren (1666) ainsi que dans les villes de Mannheim et de Karlsruhe en Allemagne. Avec la découverte de Pompéi et d’Herculanum,  l'Europe entière, au XVIIIe, se passionna pour Pompéi. La mode de l'antique se propagea de nouveau : architecture, costumes et meubles " Empire ", peinture à sujets antiques. Le plan orthogonal des villes coloniales romaines perdurera par la suite. Ainsi Napoléonville en Vendée (La Roche-sur-Yon) et Napoléonville en Bretagne (Pontivy), créées sur ordre de l’empereur au début de XIXe siècle, sont construites selon un plan orthogonal. Cet espace public, qui fait référence à l’époque romaine, traduit sur le plan politique la volonté de « coloniser » les départements ayant très largement participé à la révolte vendéenne (chouannerie).


La période contemporaine dans les images de synthèses

Aujourd’hui le meilleur moyen de rendre au grand public, les résultats de la recherche archéologique sur les villes antiques sont indéniablement les restitutions sous la forme de maquettes, de dessins et d’images de synthèse. Elles permettent de rendre une vision d’ensemble du site à une période donnée. Ce type de restitution est aujourd’hui très prisé par les professionnels de la valorisation du patrimoine. Ils permettent de recréer l’ambiance antique sans dénaturer les sites encore visible comme ceux de Pompéi ou Herculanum. Ces derniers, victimes de leur succès, connaissent des dégradations dues au tourisme de masse (dégradation notamment des peintures murales). Ils offrent également une meilleure vision des recherches archéologiques urbaines dépendantes des travaux de réaménagement des villes contemporaines qui ne permettent rarement la mise en valeur des vestiges antiques.
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