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Auteur Fil de discussion: La folle vie d'un mongol en vadrouille ...  (Lu 5409 fois)
Aguirre, der Zorn Gottes
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« le: 30 Avril 2007 à 20:56:40 »

Bon je préviens tout de suite; ma série n'a ni le budget de LOST, ni les pins-up d'ALIAS, ni encore la longévité des FEUX DE L'AMOUR =D=D=D=D  
    Je devrais être tout de même en mesure de vous livrer un à deux épisodes par semaine (pas de date fixe de parution ...) de la folle épopée d'Ögödei et de ses accolites sur toute la surface du monde connu... (c'est alléchant comme phrase publicitaire nan :)) puis ensuite,(selon la fréquentation de ce sujet de discussion) je ferais la même chose soit sur la guerre de trente ans en vous parlant de mercenaires sanguinaires, soit en vous parlant de l'histoire des chevaliers teutoniques, de leur attrait pour l'Hémoglobine et pour la Prusse (ça correspond plus à l'expension Kingdoms...) c'est à vous de décider ce que vous préfereriez, mais les textes seront alors de moi et par conséquent peut-être un peu moins bien rédigés
    Désolé il n'y a pas de trailer pour la mise en jambe...c'est partit tout de suite


LA GRANDE OFFENSIVE D’ÖGÖDEÏ[/b]

Episode 1

  On pouvait croire à la paix. On organisait les routes, les impôts, l’administration. On fondait une capitale. On restaurait l’économie ruinée. Les vengeances que Gengis Khan avait voulu tirer de ceux qui lui avait manqué étaient assouvies. La chute de Djalal al-Din clôturait la guerre contre le Kharzem (1231) ; celle de l’Empire kin (jin) mettait fin à la campagne d’Extrême-Orient (1234). Oui, on pouvait croire à la paix. Mais si l’on y avait cru, on se serait trompé. Les Mongols allait continuer à se battre sur tous les fronts et accomplir en quelques décennies leurs plus brillantes conquêtes.


Déclaration de guerre aux Song

  La chose paraît incroyable, mais elle est vraie : c’est l’empire des Song, le vieil empire national chinois qui, dans le Sud, avait toujours tenu têtes aux barbares du Nord, c’est la Chine des petits hommes innombrables, de la chaleur et de la culture intensive qui déclara la guerre aux Mongols – ou, pour être plus exact, qui commença les hostilités, puisqu’il n’y eut aucune sommation, aucune ambassade, aucune notification officielle de l’état de belligérance.
  Les Song, nous l’avons vu, avaient laisser passer sur leurs territoires les troupes de Tului, avaient envoyé un contingent pour porter le coup de grâce aux Kin qu’ils haïssaient, et en avaient été remercié par quelques districts que les mongols leur avaient abandonnés. Ils estimèrent avoir reçu un salaire insuffisant pour leur concours et crurent pouvoir s’octroyer eux-mêmes ce qu’on ne leur avait pas donné. Un dignitaire  des Song avait bien dit :
           
              « La raison pour laquelle les ennemis du nord et de l’ouest sont capables de vaincre la Chine est justement que leur chevaux sont si nombreux, et leur hommes habiles à les chevaucher ; c’est leur force. Les chinois ont peu de chevaux, et ne sont pas habitués à les chevauchés ; c’est là leur faiblesse. »

  A cela, il n’y avait pas de remède parce que la Chine du Sud ne possède pas des pâturages. Mais ce défaut même nuisait aux barbares qui, à peine engagés sur son territoire, se trouvaient dans la même pénurie et perdraient leur avantage essentiel. C’est pour cela que la Chine du Nord avait été si souvent occupée, et jamais celle du Sud. Les song pouvaient donc nourrir quelque optimisme.
  En juillet ou en août 1234, ils prirent l’offensive. Comme on ne les attendait pas, ils obtinrent des succès. Ils occupèrent sans combat K’ai-fong (Kaifeng) et Lo-yang (Luoyang). Les optimistes semblaient avoir raison. Mais ce n’était qu’une illusion : une contre-attaque mongole les délogea rapidement des villes conquises.
  Ögödeï profita de quriltaï de 1235 pour convaincre son entourage de la nécessité d’entreprendre  la conquête de l’Empire song, que l’on considérait comme un allié et qui venait de se comporter de la façon la plus indigne. La guerre fut décidée. Les Mongols la préparèrent avec ce même soin dont faisait preuve Gengis Khan avant de commencer ses campagnes. Un an plus tard, en 1236, une puissante armée se mit en branle, en trois colonnes respectivement commandées par les fils du Qaghan, Godan et Kütchü, et par le général Tchaghan. L’une se dirigea vers le Sseu-tcouan (Sichuan) et entra à Tch’ang-tou (Chengdu) en octobre ; l’autre sur le Hou-pei (Hubei) et prit Siang-yang (Xianxiang) en mars ; la troisième sur Han-keou (Hankou) et prit alors nommée Houang-tch’eou. C’était un début prometteur mais ce n’était qu’un début.
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« Répondre #1 le: 02 Mai 2007 à 20:53:16 »

Episode 2

  Les affaires ne tardèrent pas à tourner mal. Les chevaux ne savaient plus où paître sur un sol ou ils ne pouvaient pas même prendre leurs ébats. Les soldats, pour qui pourtant tout faisait bouche, ne trouvaient pas de nourriture qui leur convînt. Il était impossible d’organier les villes et les provinces conquises, car on ne comprenait rien à leur complexité et à leurs traditions. On était submergé, non pas par la masse urbaine, mais par les foules paysannes.
  Les Mongols, qui ne savaient que vaincre, ne vainquaient plus. Pire encore, partout ils battaient en retraite, incapables de conserver les positions acquises, subissant de lourdes pertes, voyant tomber au combat Kütchü, un homme dit-on plein de mérite, le fils du Qahan en qui celui-ci plaçait ses complaisances et dont il souhaitait faire son héritier. En 1239, de toutes les grandes villes qui avaient été prises dans les premiers mois de la guerre, il ne restaient plus aux envahisseurs que Tch’ang-tou (Chengdou). Les Song pouvaient triompher. Ils l’avaient bien dit, qu’ils n’étaient pas les Kin et que leur royaume était insaisissable. Pour les Mongols, c’était un échec complet.
  Manifestement, l’armée d’ Ögödeï n’était pas préparée aux conditions dans lesquelles elles devaient combattre. Ni en Chine du Nord, ni en Corée, ni en Mandchourie, Ni en Trosoxiane, ni en Iran, elle n’avait jamais rien connu de tel. Partout, dans ces contrées que les Mongols avaient parcourues victorieusement, là même ou les villes se pressaient nombreuses et puissantes, là même où l’irrigation multipliait les vergers et les potagers, si ce n’est pas la steppe, c’était quelque paysage qui, de plus ou moins près, y ressemblait. En Chine du Sud, il n’y avait plus rien qui la rappelât, et plus rien non plus qui rappelât les gens que l’on connaissait. Comme elle n’avait été conquise ni par les Khitan ni par les Joutchen, on manquait d’information à son sujet. La multiplicité des villages, les rizières, les arbres et les buissons, la chaleur et ces pluies soudaines, abondantes, torrentielles, désorientaient ces hommes du Nord.
    Ögödeï comprit qu’il avait bien préparé la guerre, mais pas celle qu’il livrait. On ne pouvait continuer ainsi. Il fallait renoncer, ou tout recommencer sur une base nouvelle. La guerre des cavaliers, la guerre mongole s’arrêtait aux frontières de la Chine du Sud, comme elle s’arrêterait à celle de l’Inde et à celle de l’Occident extrême. Il fallait recruter en Chine même une armée chinoise, rallier les populations pour les faire participer à l’effort militaire, se doter d’un vaste personnel capable d’assurer l’encadrement du pays, bref, se faire Chinois pour conquérir la Chine. C’était là une tache qui paraissait impossible et nul encore, dans l’histoire,  ne l’avait entreprise. Ce n’est pas le moindre trait du génie mongol de s’y être attelé et de l’avoir finalement mené à bien. Le Cheng-wou T’sin Tcheng Lou montre le Qaghan occupé à recensés puis à embaucher tous les lettrés pour leur donner des fonctions administratives au lieu même de leur résidence, ce géant transformé en abeille pour le travail d’une ruche. Cet effort se révélera payant. En attendant, il était inutile de continuer l’offensive.

  P.S. : si il y a du vocabulaire que vous ne connaissez pas dites le je vous renseignerais;)
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« Répondre #2 le: 04 Mai 2007 à 19:08:43 »

Episode 3

Le front indien

  Les mêmes causes produisant les mêmes effets, les affaires n’allaient pas mieux, c’est le moins que l’on puisse dire, sur le front indien. Pourtant, la porte du sous-continent avait été grande ouverte aux envahisseurs. Mais seule une prodigieuse volonté avait permis que l’on se fasse Chinois en Chine. Une telle opération ne pouvait se reproduire. Il n’était pas possible que l’on devînt Indien en Inde et Latins en Europe. Disons tout de suite que, malgré des tentatives répétées, les mongols n’arriveront jamais ni à s’emparer des Indes, ni même à y obtenir des succès durables.
  C’était une vieille tradition des peuples vivant entre l’Amu-Darya et L’Indus que de faire des incursions au Sind et au Penjab comme au Cachemire, et d’y opérer de fructueuses razzias, notamment capturer des esclaves dont le trafic « était, dit Aubin, depuis  longtemps un des facteurs économiques de la vie de la région ». Au début du XIVéme siècle, les descendants de ces captifs seront nombreux dans les villages royaux de l’Iran, et l’union des indigènes avec des femmes aura crée un important métissage dont allait sortir ce groupes longtemps mystérieux des Qaraunas, les « sang-mêlé », appelés à jouer un rôle non négligeable dans la suite des temps. Les Mongols trouvaient donc sur place des guides connaissant les routes en direction des Indes et des renseignements très précis, au moins sur les régions ouest du  sous-continent.
  C’est en 1236 que les circonstances devinrent favorables à l’intervention des Gengiskhanides. Le puissant souverain de l’Empire mamelouk de Delhi, El Tutmich, était mort en désignant sa fille Razyia (1236-1240) pour lui succéder. Que la couronne passât à une femme pouvait à la rigueur convenir à la dynastie régnante, qui était turque, mais non aux musulmans ni même aux Indous. Il s’ensuivit des troubles, Dont nous n’avons pas à rendre compte ici. Ce qui nous importe, c’est que le gouverneur de Bimban (Banyon) et de ce que nous nommons aujourd’hui le Salt Range se révolta et se plaça sous la protection des Mongols. Il fut bientôt suivit par ceux du Lahore, du Multan, de Djallundar et de tout le haut Sind. Il est presque certain qu’ Ögödei intervint aussitôt, mais on ne peut rien avancer de bien  précis sur le moment de cette intervention et sur ces modalités. On voit bien le gouverneur de l’Afghanistan oriental, un homme d’origine tatare, Sali Noyan, opérer dans la plaine de l’Indus, mais on ne peut déterminer, faute de date sûre, s’il y avait été dépêché du vivant de Gengis Khan ou seulement après que son fils eut accédé au pouvoir, ni s’il se livrait aux razzias traditionnelles ou menait une campagne d’envergure. Quoi qu’il en soit, la guerre était conduite avec vigueur en 1241 quand les Mongols atteignirent enfin (après plusieurs mois d’efforts ?) la ville de Lahore. Cette même année, une grande armée envoyée par Ögödei achevait la conquête du cachemire commencée l’année précédente, enlevait Srinagar et « la pillait pendant six mois » ; en la quittant, elle y laissait, pour la contrôler, comme les Mongols le faisaient partout, un gouverneur appuyé par de faibles effectifs. On prétend que celui-ci exerça réellement son autorité pendant sept ans, mais rien ne le prouve de façon péremptoire.
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« Répondre #3 le: 09 Mai 2007 à 14:36:30 »

Je suis affreusement en retard =( ( pleine phase de concucours blanc ) donc milles excuses et sans plus attendre voici l'épisode n°4 qui aurait dû être posté le 06-05-07

Episode 4

  On a parfois mis en doute la volonté des Mongols de conquérir les Indes, parce qu’il n’y parvint pas et qu’on n’est pas habitué à leurs échecs. C’est là une pétition de principe que démente à la fois les prétentions à l’hégémonie universelle, la présence dans le pays de Turcs - c’est-à-dire de gens alors considérés comme des vassaux naturels des Mongols -, les efforts longs et répétés pour s’en emparer, et enfin un fait qui n’admet pas d’objection : à chaque grande expédition qui avait pour objectif d’annexer un nouveau pays devaient obligatoirement des représentants de chacun des grands ulus. Or dans l’armée des Indes, il n’en manque aucun.
  Tout camouflé qu’il fût par les victoires, ce qui constitua bien une échec d’ Ögödei ne mit pas fin aux tentatives mongoles en vue de conquérir au moins la plaine indo-gangétique, et l’on put souvent croire qu’elles allaient réussir, notamment en 1253 quand le fils de l’empereur de Delhi révolté contre son père se rendra à Qaraqorum, où il sera bien reçu. Toutefois à des nuances près, les relations entre les indes et les Mongols ne consisteront plus qu’en razzias, souvent profondes et meurtrières, sous-tendues ou non par ce qui pouvait rester d’un espoir de conquête.    
 

A nouveau la Corée

  Au moment où Ögödei envahissait l’Empire Song, il était obligé d’intervenir à nouveau en Corée, où la situation ne cessait de se détériorer par suite de la résistance acharnée des paysans et de la guérilla qu’ils menaient contre ses forces. Nous connaissons mal l’histoire de cette campagne commencée en 1235 et dont tout semble indiquer qu’elle fut longue, difficile et coûteuse. En 1238, les Coréens réduits aux abois, manquant de ressources et d’hommes, se virent cependant forcés de demander la fin des hostilités, sans pour autant accepter de baisser les bras. Les Mongols étaient contraints de négocier, alors qu’ils avaient pris l’habitude qu’on capitulât devant eux. C’est décidément pour eux, en ces années là, une remise en question de toutes les affaires d’Orient. On entama les pourparlers. Ils ne furent ni moins longs ni moins ardus que la guerre qu’on venait de soutenir. Durant deux ans, missions et ambassades se succédèrent entre la cour coréenne et Qaraqorum. Elles aboutirent en 1241 à la signature d’un traité de paix qui n’était qu’un compris. Le roi de Corée se reconnaissait vassal des Mongols et envoyait en otage à leur capitale se qu’il présentait comme son fils, mais qui n’était qu’un de ses lointains cousins. On a peine à croire qu’ Ögödei fut à la fois dupe d’une vassalité qui n’en était pas une et d’un prince impérial qui n’en était pas plus un. On sauvait la face, faute de pouvoir faire mieux. Il en résulta tout de même, jusqu’en 1247, des années de paix qui permirent à la Corée de se remettre de ses épreuves, ainsi que de l’établissement de relations qui furent bonnes, et l’on pourrait presque dire cordiales, même si les Mongols prirent l’habitude d’utiliser leur nouveau protectorat comme une source de main d’oeuvre
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« Répondre #4 le: 09 Mai 2007 à 14:38:24 »

et voici celui du 06-05-07

Episode 5

Attaque à l’ouest

  Indes, Chine, Corée : on y était en attente. Ögödei faisait porter son effort principal sur l’occident : peut-être pour complaire aux Djötchides, auxquels Gengis Khan, rappelons-le, avait donné en apanage tous les territoires conquis et à conquérir vers l’Occident chrétien ; peut-être parce qu’il considérait que le raid de Djebe et de Sübotei avait ouvert la voie ; peut-être pour une autre raison qui nous échappe encore.
  L’Iran n’était pas entièrement pacifié, et à ses pieds s’étendait la longue et verte plaine de la Mésopotamie, cœur du monde musulman, où, à Bagdad, les califes régnaient sans beacoup de puissance temporelle, mais paré d’un prestige inouï – proie qu’on aurait pu croire tentante, et qui l’était, mais que les fauves affamés gardaient en réserve pour un autre jour de faim. Remettant à plus tard les assauts contre l’Islam, les mongols cantonnés en Iran sous le commandement de Tchormagan attaquaient au Caucase, dans les monts du Kurdistan et de l’Arménie. En 1236, ils déferlaient sur la Géorgie, obligeant la reine Rousoudan à s’enfuir de Tiflis et contraignant son peuple à la vassalité. Trois ans plus tard, l’Arménie qui avait déjà perdu Kars et Ani, était à son tour subjuguée. Ces deux état chrétien allaient se donner à leur nouveaux maître, le premier en lui fournissant de gré ou de force des effectifs militaires qui ne seraient pas négligeables, et le second en s’engageant plus franchement, avec un réel enthousiasme, car il voyait en son vainqueur le libérateur tant attendu du joug musulman et la grande chance dont rêvait la chrétienté. Les Alains offrirent plus de résistance, mais ils finirent par capituler dans l’hiver 1239-1240, sans doute en décembre. Comme les Géorgiens et les Arméniens, ils rallièrent les Mongols et s’engagèrent en nombre dans leurs rangs, où leur valeur militaire et leur fidélité les signalèrent à l’attention et leur permirent de figurer dans les troupes d’élite et jusque dans la garde impériale.
  Malgré l’importance considérable de ces résultats qui donnaient aux Mongols des positions stratégiques remarquables en leur assurant la possession des monts dominant la vallée du Tigre et de l’Euphrate, les plateaux anatolien et les plaines de l’Ukraine orientale, la grande affaire devait se dérouler plus au nord, dans les steppes.  
  En 1236 – quelle année ! -, à l’automne, une immense armée forte de 150 000 hommes, composée pour un tiers de Mongols et pour deux tiers de Turcs, attaquaient l’Europe orientale. Elle était placée sous le commandement au moins nominal de Batu, deuxième fils de Djötchi, à qui revenait cet honneur puisque la concentration des troupes s’était effectuée dans son ulus et qu’il avait reçu en apanage les terres à conquérir à l’ouest. Une pléiade de princes de sang l’entourait : son frère aîné Orda, ses cadets Berke et Chaïban ; ses cousins et petits-cousins Güyük, Qada’an, Qaïdu, fils et petit-fils du Qaghan ; Mongka, un des fils de Tului ; Baïdar et Buri, respectivement fils et petit-fils de Djaghataï. Cet aréopage montre l’importance que l’empereur accordait à l’affaire. Le chef réel était un vieux héro des guerres mongoles, le général Süboteï, alors âgé de quelque soixante-dix ans, celui là même qui s’était illustré en Chine et qui avait jadis, avec Djebe dirigé le fantastique raide autour de la Caspienne. Son expérience, sa connaissance des lieux et des peuples, ses liens anciens avec Gengis Khan et aussi peut-être le rôle d’arbitre et de modérateur qu’il pouvait jouer entre les princes lui valait sa situation – et non, contrairement à ce qu’on a voulu dire, les capacités insuffisantes de Batu.
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« Répondre #5 le: 09 Mai 2007 à 14:42:20 »

Si quelqu'un ne comprend pas un détail qu'il le dise je me ferais une joie de l'éclairer :)
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« Répondre #6 le: 15 Mai 2007 à 19:22:35 »

Je suis encore en retard mais celui-ci devient de plus en plus grand ...
le 08/05/07


Episode 6

  Le fils de Djötchi était certes encore jeune, mais c’était une forte personnalité. Quant à l’accuser de modération excessive, d’une sorte de faiblesse devant des exigences militaires qui eussent été trop pénibles pour lui, cela semble relever de la fable et découle plutôt du titre de Sayin, « Bon », que lui donnent les sources. Bon il ne l’était pas plus que les autres, et les chroniques russes le peignent tout au contraire comme un homme extrêmement cruel. Comme l’a suggéré le père Antoine Mostaert et F.W.Cleaves, le mot Sayin devait être employé pour parler des membres défunts de la famille impériale. Il passa à la postérité comme nom posthume de Batu, soit par suite de la stature de celui-ci, soit parce qu’avait cessé la coutume d’utiliser le mot pour désigner les feus princes.
  Les préparatifs de la guerre avait comme toujours été très minutieux, au point de vue militaire et diplomatique. Le voyageur Julien de Hongrie, qui parcourait les steppes de l’Europe orientale, transmet dans sa célèbre missive le texte d’une lettre que Batu avait envoyé au roi de Hongrie et dans lequel le khan se présente comme « l’envoyé du Dieu très haut pour châtier les nations rebelles » (1237). C’est que les projets étaient particulièrement ambitieux. En 1236, Batu avait reçu l’ordre d’attaquer l’Europe. Il devait soumettre définitivement les Turcs Qangli qui vivaient dans les steppes à l’est de l’Oural, les Qiptchaq, les Bulgares de la Kama, leurs voisins les Bachkirs, les Magyars (Hongrois) de ce qu’on nommait la Grande Hongrie, les Russes et, plus au Sud, les Alains, les Géorgiens et les Tcherkesses (Circassiens) – mais le sort des caucasiens avaient été réglé par Tchormagan.
  Le premier objectif était la Volga. Il fut très vite atteint. Les Qiptchaq qui s’y trouvaient furent balayés. Un de leurs principaux chefs, Batchman, réfugié dans une île du cours inférieur du fleuve, tenta de résister. Il fut capturé pendant l’hiver 1236-1237, dit-on, grâce à une baisse subite des eaux, très probablement plutôt parce que le froid avait fait geler la Volga. A peu près au même moment, si l’on en croit Rachid al-Din et les chroniques russes, soit en 1237, fut détruit le prospère et puissant royaumes Turcs Bulgares de la Kama, dont les hommes avaient naguère assailli Djebe et Sübötei. On se vengea. La capitale Bolghar, une assez grande ville située à quelques 110 kilomètres de l’actuelle Kazan et qui n’avait sans doute pas eu à souffrir en 1222-1223 ( parce que les Mongols n’avaient pas dû monter si haut vers le Nord ), fut prise et saccagée. La chronique laurentine, sous cette date, note :
             
              « Cet automne […] les païens tartares se sont emparés de la grande et glorieuse capitale bulgare et par le fer ils ont massacré depuis les vieux jusqu’aux jeunes et aux nouveaux-nés […]. Ils ont réduit tout les pays en servitude.

  Des masses de réfugiés allèrent chercher asile dans la principauté de Vladimir. Néanmoins, le royaume des Bulgares se relèvera vite et sa capitale sera sous la domination mongole, pendant quelques décennies, le seul centre urbain de l’Empire dans le Nord-Ouest. On y parlait encore une vieille langue turque assez éloignée du turc commun et dont les Tchouvaches contemporains gardent les derniers vestiges.
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« Répondre #7 le: 15 Mai 2007 à 19:23:48 »

le 10/05/07

 Episode 7

  Les chroniqueurs russes affirment que Batu fit hiverner ses troupes en 1236-1237 dans les plaines situées à l’est du cours moyen et inférieur de la Volga, non sans se livrer à des incursions dans la province de Riazan.  Cet hivernage est suspect, et nous que la mauvaise saison fut essentiellement consacrée à abattre les Qiptchaq. Il est de fait, en tout cas, que les tribus relevant d’eux commencèrent à se soumettre au printemps 1237, et cessèrent toute résistance en 1238. Elles rallièrent les Mongols, s’attachèrent à eux et firent si bien qu’elles se fondirent en eux, ou plutôt finirent par les assimiler. En Europe orientale, l’Empire mongol devint un empire turc, ne parlant bientôt que le turc. L’ ulus de Djötchi, appelé à une longue carrière dans les steppes du nord de la mer Noire, sera tout aussi bien connu sous le nom de Khanat de Qiptchaq que sous celui de Horde d’Or ( Altin Ordu ).
  Il y eut cependant dess mouvements éperdus de fuite devant les envahisseurs, une foule de réfugiés qui déferlèrent jusqu’en Europe centrale. Des tribus Qiptchaq entières, quelque 40 000 familles, sous la direction d’un chef nommé Qutan, allèrent s’installer en Hongrie où ils se christianisèrent.

Les principautés russes

  La conquête du pays qiptchaq faisait des Russes les voisins des Mongols et, selon le programme du Qaghan, leurs prochains adversaires.
  Au XVIII ème siècle, la Russie ne présentait pas le visage qu’elle à de nos jours et auquel quelques siècles d’une brillante histoire nous ont accoutumés. Malgré l’aire assez vaste qu’elle couvrait alors, elle était loin d’avoir atteint les frontières que nous lui connaissons. Au Nord, elle s’ouvrait sur le golfe de Finlande par la principauté de Novgorod. Au Sud, elle touchait à la mer Noire par l’étroite bande de terre de la Galicie, entre les embouchures de Danube et du Dniestr. Si, à l’ouest, elle avait poussé sur quelques points jusqu’à la Vistule, à l’Est elle se tenait encore loin des rives du Don et du Donetz, alors en pays qiptchaq, et plus loin encore du cours moyen et inférieur de la Volga, dont elle était séparée, à partir de l’ Oka, par les Tchérémisses, les Mordves et les Bachkirs. Dans ces régions, les places les plus avancées vers l’Orient étaient celle de Iaroslav, de Rostov, de Souzdal, de Vladimir et de Moscou – celle-ci, encore à l’aube de son histoire, est mentionnée pour la première fois dans les textes de 1147 –, et plus au sud, celle de Riazan et de Pronsk. Sentait-on déjà que c’étaient ces cités là qui étaient grosses de l’avenir ? Les trois grands centres politiques, économiques et culturels étaient Kiev au sud-ouest, Vladimir au nord-ouest et Novgorod au nord ; mais Kiev déclinait et les deux autres villes, la seconde surtout, étaient menacée par la puissance lituanienne qui s’appuyait sur Minsk et Vilno, et à laquelle nul prince ne semblait en mesure de s’opposer durablement.
  Dès le règne de Vladimir I ( 980-1015 ), la Russie –,  on devrait dire les Russies – était un pays agricole fondé sur la propriété féodale des princes, des boyards et plus tard par l’Eglise, et où les villes – des bourgs – se développaient sous l’impulsion des marchands et des artisans. De ces villes, Kiev n’avait pas tardé à prendre la tête. Ayant asservi les tribus et mené des luttes victorieuses contre les principautés voisines, elle constitua un véritable Etat, organisé et relativement puissant, dynamique, qui exerça une attraction sur l’ensemble des peuples slaves. Mais, en 1169, la Russie kiévienne avait été attaquée par une coalition d’une douzaine de princes que dirigeait André Bogolioubiski : la capitale Kiev, avait été prise et le centre de gravité s’était déplacé vers Novgorod, déjà en plein essor vers 1015, puis vers Iaroslav et Vladimir, d’autant plus aisément que de vastes forêts protégeaient ces villes des incessantes incursions nomades.Après une période assez brève d’aspiration à l’unité – au moins partielle – au début du XII ème siècle, les révoltes se multiplièrent, les principautés recommencèrent à se morceler et l’état tomba en décrépitude. C’est ainsi qu’entre 1120 et 1160 la principauté de Tchernikov donna naissance à une vingtaine de petites baronnies indépendantes. En même temps, certains souverains qui se sentaient limités par les boyards s’appuyait sur le peuple pour mener une lutte contre eux, ajoutant des conflits sociaux aux querelles politiques.
  Au milieu du XIII ème siècle, au moment où les mongols se préparaient à l’assaillir, la Russie, loin de présenter contre eux un front uni, devait aller au combat en ordre dispersé et se révélerait incapable de résister à leurs coups.
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« Répondre #8 le: 19 Mai 2007 à 00:02:29 »

le 12/05/07


Episode 8

La campagne de Russie
 
  Les Mogols n’attendirent pas la capitulation des Qiptchaq et des Alains pour attaquer les Russes. Dès 1237, ils envahirent les régions septentrionales, prirent Pronsk, Bielgorod, et Yeslavetz. Devant ce torrent dévastateur des cavaliers tartares, les deux princes de Riazan, Youri et Roman, s’enfermèrent l’un dans Riazan, l’autre dans Kolomna. Le 21 décembre, après six jours seulement de siège, Riazan fut enlevée. Youri tué, la moitié de la population égorgée et l’autre brûlée vive. Les Tartares « profanèrent la sainteté des temples en y violant les jeunes religieuses, les femmes et les filles sans distinction […]. Ils brûlèrent les serviteurs de Jésus-Christ ou ils arrosaient de leur sang les autels ».
  Les Mongols mirent le siège devant Kolomna. Le plus puissant de tous les princes russes, Youri II Vsévolodovitch, duc de Souzdal, envoya en vain des renforts pour dégager la ville. Il fut écrasé, et Roman tué. Kolomna tomba, puis ce fut le tour de Moscou, Vladimir et Souzdal ( prises toutes deux le 3 février ), Iourev, Dimitrov, Gordetz, Periaslav, Rostov, Iaroslav. On aurait dit des châteaux de cartes. Alors qu’il était si difficile de s’emparer des cités chinoises ou iraniennes, les bourgs russes ne représentent aucun obstacle. Les sévices n’y furent pas moindre qu’à Riazan, mais les mongols mirent le plus grand soin à éviter le massacre des gens qu’habituellement ils protégeaient : artisans, religieux et, quand ils en avaient envie, femmes et enfants. « Ils pillent les couvents, tuent les moines, les religieux et les prêtres âgés, mais les moines, les religieux, les prêtre les diacres qui étaient jeunes et en bonne santé […] ils les emmènent dans leur camp. »
  Le duc de Souzdal voulut obliger les Mongols à livrer bataille. Il n’avait peut-être pas tort, puisqu’il fallait bien tenter quelque chose, mais s’il parvint à les contraindre à se mesurer avec lui, il n’en tira pas bénéfice. Il fut vaincu et tué sur la Sit, un affluent de la Mologa, le 4 mars. Tver et Torjok tombèrent, et peut-être quelques de ces villes nommées ci-dessus et qui aurait pu ne pas succomber en février mais en mai. Batu s’avança jusqu’à 200 kilomètres de Novgorod, en mars ou en avril, mais fut arrêté par le dégel qui transforma les sols en bourbiers dans lequel s’enlisait la cavalerie. La métropole du Nord échappa ainsi à la destruction, mais elle dut faire acte de vassalité et payer l’impôt.      
  Il restait aux Mongols à conquérir le Sud, la vieille Russie kiévienne. Elle avait assisté à l’holocauste, terrifiée, mais immobile. Elle fut à son tour attaquée en 1239, pendant l’hiver selon toute vraisemblance. Sur la route qui y menait, rien ne résista aux Mongols. Pereïaslav, Tchernikov, furent prises et rasées. Le prince Michel préféra fuir en Hongrie, confiant la défense de sa capitale au boyard Dimitri. Mongka, qui commandait le corps d’armée en marche vers la ville, ne voulait sans doute pas la détruire. « Il s’émerveillait de sa beauté et de sa grandeur », dit un peu naïvement la chronique hypatienne. Il envoya des ambassadeurs pour négocier sa reddition. On les tua. Pourtant, la population avait peur, tremblait « au bruit des chariots des Tartares, des beuglements des bœufs, des cris des chameaux, des hennissements des chevaux et plus encore au cri de guerre des hommes ».
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« Répondre #9 le: 23 Mai 2007 à 12:06:21 »

le 14/05/07

Episode 9

  Batu arriva en personne. Un prisonnier, juché sur les murailles de Kiev, nommait au fur et à mesure qu’il les apercevait les princes ennemis campant devant la ville. Elle résista, mais les Mongols finirent par la prendre d’assaut le 6 décembre (ou le 19 novembre) 1240. Il avait fallu trois ans pour s’emparer de toutes les Russies.
  Ils sont rares, dans l’histoire, les succès aussi durables acquis en si peu de temps. On aurait pu croire les Mongols pleinement satisfaits. Ils l’auraient été sans les querelles des princes. Ils étaient trop nombreux, ce qui pouvaient s’enorgueillir d’appartenir au sang impérial. Dans une société où chacun devait tenir très exactement son rang, le protocole avait une tache impossible. Il y avait là trop de hauts personnages, trop d’orgueil, de susceptibilités et peut-être déjà trop d’ambitions. Mongka, pour des raisons inconnues, quitta l’armée. Batu et son cousin Böri se brouillèrent pour ce qui nous paraît une broutille, mais qui chez les Mongols revêtait beaucoup d’importance. Au cours d’un festin, on avait présenté à Batu la première coupe, et il l’avait bue. Böri s’écria qu’il était l’égal de son cousin et le traita de vieille femme barbare. Güyük, prenant parti pour ce dernier, affirma qu’il ferait donner la bastonnade à Batu. Une telle insulte faite au général en chef n’étai pas acceptable, même et surtout venant du fils du Qaghan. Ögödei se montra furieux, et aurait sans doute sévèrement puni le coupable si l’on avait pas imploré sa clémence. Tout rentra dans l’ordre, mais la brouille entre Güyük et Batu ne sera pas sans conséquences.


La grande terreur de l’Occident

  Pendant trente ans, l’occident ne sut rien de ces fantastiques événements qui se déroulaient en Asie. Le raid sur la Crimée, la bataille de la Kalka elle-même furent considérés comme tous ces autres accidents que les nomades occasionnaient périodiquement, qui donnaient pour un temps des frayeurs et que l’on oubliait aussitôt que passés. Les premières nouvelles de l’irruption des tartares en pays russe, arrivées bien tardivement, n’en suscitèrent que plus d’épouvante. Aussitôt et partout, ce fut la terreur.
  On ne savait rien, du moins rien de sûr. Il y avait bien des bruits qui courraient, mais ils étaient soit inconsistants, soit déformés, amplifiés, enjolivés ; L’Islam avait été secoué. On en avait eu des échos, mais ceux-ci n’étaient pas faits pour causer de la peine. Bien avant que les mongols n’attaquent l’Iran, l’Europe faisait un songe aux couleurs enchanteresses et qui naquit peut-être de la création du royaume bouddhique des Qara Khitaï, en qui, puisqu’on ne pouvait imaginer qu’il y eût par le monde d’autres religions que celles que l’on connaissaient, on devait voir un royaume chrétien – peut-être en confondant le Gur Khan avec le chef des Kereyit ou des Naïman. Ainsi, peu à peu, on en était arrivé à croire à l’existence, quelque part en Asie, au delà du monde de l’islam, d’un Roi David et surtout d’un Prêtre Jean, descendant des Rois Mages, immensément riche et puissant, « au sceptre d’émeraude », qui fondait un empire chrétien pour prendre le monde musulman à revers. Si, par hasard, on avait entendu quelque chose de Gengis Khan, on l’avait certainement mis sur le compte du merveilleux prélat, et d’autant plus facilement que son armée comptait des chrétiens dans ses rangs et que sa propagande visait à persuader tout un chacun que les mongols partageaient sa foi. Qui pouvait donc venir du soleil levant, si ce n’était lui.. On comprend la désillusion qui s’ensuivit. Le mythe cependant survivra longtemps, des siècles et des siècles. Pour l’instant, il tenait au cœur de ceux que la croisade épuisait et qui ne voyaient pas le bout de la Via Dolorosa qui montait à Jérusalem.
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« Répondre #10 le: 23 Mai 2007 à 12:07:01 »

le 16/05/07

Episode 9

  Les Hongrois furent naturellement les premiers avertis. Leurs missionnaires étaient actifs dans ce que l’on nomme la Comanie, le pays des Comans, c'est-à-dire des Qiptchaq. Ils exerçaient sur ce pays une sorte de protectorat spirituel, en passe de devenir économique et politique malgré le pape Grégoire IX qui, en 1229, venait de prendre la communauté chrétienne d’Europe du Sud-Est sous son autorité personnelle. Visant plus loin, ils lançaient des voyages sur la Volga – leur ancienne patrie, pensaient-ils -, la grande Hongrie, le pays des Mordves et des Bulgares, des bassin de l’Oural et de la Volga.
  Dans une lettre adressée en 1237 au légat pontifical, l’évêque de Pérouse, un certain frère Julien qui avait poussé plus loin que les autres, met brusquement à jour l’existence des mongols. Il transmet l’ultimatum que ceux-ci ont adressé au roi de Hongrie et où ils exigent sa soumission, et décrit leur armée en position devant Souzdal, Riazan, et Voronej. Un an plus tard, en 1238, c’est un prince musulman d’Asie mineure qui écrit au roi de France pour le mettre en garde contre «  une race d’hommes monstrueux et cruels descendus des montagnes du Nord […] qui se nourrit de chaire crue et même de chaire humaine. » Lettre étonnante, qui préfigurent si bien toutes celles qui vont suivre ! Tout y est déjà, ou du moins l’essentiel. Le décor est planté. Après, il ne s’agira plus que de broder sur le canevas. Nous n’entendrons pas avant longtemps d’autre son de cloche ; celui-ci sera simplement amplifié comme par de gigantesques baffles.
   A partir de 1238, les messages se multiplient. Ce sont ceux du connétable Sempad d’Arménie au roi de Chypre, D’henri de Lorraine au duc de Brabant, de Hyon de Narbonne à l’archevêque de Bordeaux, de Gérard de Malemort, et de bien d’autres encore. La campagne de 1237 avait fait affluer en Occident des masses de réfugiés, Qiptchaq et Russes, que celle de 1241 jettera plus à l’ouest pêle-mêle avec des Polonais, des Hongrois, des Bohémiens… . Des prisonniers sont faits, qui ne sont pas les moins intéressants. L’Empereur Frédéric II, tout empêtrés dans ses affaires italiennes, lancera cette année là un grand cri pour appeler au secours, et le pape prêchera la croisade. Quatre ans plus tard ( janvier 1245), mais le péril sera passé, Innocent IV, inscrira au programme du concile de Lyon le remède à trouver contre le maudit agresseurs.
  Nul doute que l’on ait peur. Nul doute que l’on ait conscience qu’il faille faire quelque chose. Mais la peur demeure en quelque sorte abstraite et la volonté d’agir ne parvient pas à se concrétiser. Devant une calamité qui semble surnaturelle, on préfère mettre la tête sous son aile. On tend un voile, comme on en tendra un devant les succès des mongols, non point par désir de minimiser, mais de les oublier, de faire comme s’il n’existai pas puisqu’on ne peut rien faire pour les empêcher. La pauvreté relative des documents ne répond pas à l’immensité de l’évènement ; pas plus d’ailleurs que le silence, plus grand encore, des historiens contemporains. Si l’on ne voyait pas là une volonté d’étouffer l’affaire, on ne comprendrait pas qu’un homme de la stature d’Innocent IV se souciât moins de la « cruauté des Tartares » que du dérèglement du clergé et des peuples, de l’insolence des Sarrasins et du schisme grec.
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« Répondre #11 le: 23 Mai 2007 à 14:05:26 »

Finalement je vais peut-être enfin rattraper mon retard ...  18/05/07

Episode 10

  La peur transpire cependant de toutes les lettres, de tous les rapports. Et elle s’exprime toujours pas les mêmes phrases, celles-là même qu’employa le prince musulman d’Asie Mineure. Dans la missive qu’il envoie à son beau frère Henri II d’Angleterre, Frédéric exalte l’union des chrétiens contre « cette nation sorties des extrémités de la terre […] qui aspire à dominer et à régner seule sur toute la surface du monde ». L’empereur parle de « cohortes de Satan », de « fils de l’enfer qui surgissent tout à coup comme la colère divine ou l’éclair ». Se fondant sur le jeu de mot de Saint Louis qui transforme « Tatar » en  « Tartare », il évoque le fleuve infernal de l’Antiquité, le mythe des peuples de Gog et de Magog enfermés par les murailles d’Alexandre loin des nations civilisées. L’empereur est une forte tête : il sait, dans une certaine mesure, raison garder. Les autres délires. De leur propos ne ressort aucune vue sereine, aucune information objective. Les affirmations sont à l’emporte-pièce ; les images, brutales. On se convainc que l’intrusion des Mongols est le signe de la colère de Dieu, un châtiment pour les péchés des chrétiens. On a le sentiment d’en être revenu à l’époque des grandes invasions barbares qui ont jeté bas l’Empire Romain. Et, comme à la fin de Rome, comme aux IV ème et V ème siècles, on trouve, dirait-on, tout naturellement les mêmes mots, les mêmes clichés que ceux dont on usait pour décrire les Huns.
  Pour Ammien Marcellin, les Huns constituaient « une nation sauvage […] d’une férocité qui dépasse l’imagination […] aux habitudes voisines de la brute, répondant à leur exterieur repoussant ». Jordanès, lui, les avaient peints comme « la plus féroce de toutes les nations[…] appartenant à peine à l’espèce humaine, et avait affirmé que «  ceux-là mêmes qui auraient pu leur résister par les armes ne pouvaient soutenir la vue d’aussi effroyables visages »…
  Même vocabulaire, mêmes représentations. Henri de Lorraine met en garde son correspondant contre « une nation cruelle et indomptable, une race farouche et sans loi ». Hyon de Narbonne écrit à l’archevêque de Bordeaux :

              « Leurs chefs se nourrissent de cadavres comme si c’était du pain et ne laissent vautours rien d’autre que les os[…]. Les femmes vieilles et laides étaient donneés à ces anthropophages […] pour leur servir de nourriture pendant la journée. Quant à celles qui étaient belles, ils s’abstenaient de les manger,mais, malgré leur cris et leur lamentations, ils les étouffaient sous des multitudes des viols qu’ils leur faisaient subir […]. Ils souillaient les vierges jusqu’à leur faire rendre l’âme,puis, coupant leurs mamelles qu’ils réservaient pour leurs chefs comme manger délicieux, ils s’en repaissent avec gloutonnerie .»

  Un autre déclare :

              « ce sont des êtres inhumains et ressemblant à des bêtes que l’on doit nommer plutôt des monstres que des hommes, qui ont soif de sang et qui en boivent, qui cherchent et qui dévore la chaire des chiens et même la chair humaine […] qui sont vêtus de peaux non tannées et défendus par des cuirs de bœufs. »
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« Répondre #12 le: 23 Mai 2007 à 19:49:10 »

le 20/05/07

Episode 11

  Qu’on n’aille pas croire que l’on puise dans les souvenirs de l’Antiquité des expressions que l’on ressortirait sans même les accommoder aux modes du jour. Les musulmans, qui n’ont aucune raison de recourir à des clichés (qu’ils doivent d’ailleurs ignorer ), ne donnent pas, comme nous l’avons déjà vu, un tableau différent. Ce sont plutôt les mêmes cause qui produisent les mêmes effets à sept siècles d’intervalle, et peut-être le même propagande dont usaient les Huns et dont usent les Mongols pour accroître l’effroi. Les termes sont excessifs, certes, mais comment ne l’eussent-ils pas été ? Le désastre était inouï, les ruines innombrables, les réfugiés horrifiés. Quant au physique des Mongols, à leur habillement, à leurs mœurs, ils étaient si nouveaux, si étranges qu’ils ne pouvaient que surprendre. Ne passons pas trop vite sur ces phrases qui ne recèlent pas que des mensonges et qui surtout, à côté de quelques vérités, reflètent ce que l’on ressentaient alors : elles sont indispensable pour comprendre la relative facilité des victoires mongols mongoles. Du temps sera passé lorsque l’auteur anonyme de la Chroniques des archers , un Arménien (et les arméniens, ne l’oublions pas, sont de fidèles alliés des Mongols), jugera encore les Mongols indescriptibles et, non sans prudence, que les premiers au moins qu’aperçurent les Arméniens « n’étaient pas comme des hommes », mais « terribles à regarder et indescriptibles avec leurs larges têtes comme celle d’un buffle, leur yeux étroits comme un jeune oison, leur nez camus comme celui d’un chat […] avec des voix plus perçantes que celle d’un aigle […] et [qui] mangeaient comme des loups ». Plus tard encore, un demi-siècle après, le florentin Ricold de Monte Croce, un homme qui connaît bien les Mongols en une époque où l’on a eu le temps de s’habituer à eux, brossera  encore à peu près le même tableau, affirmant que la plupart d’entre eux « vivent comme des bêtes sans loi de nature ni de volonté ». il est dure de revenir sur le changement qu’on s’est formé. Il est dur d’accepter l’étranger, le tout autre.
  J’ai parlé de vérités contenues dans ces « descriptions ». Il y en a. Caricaturés, les traits physiques se reconnaissent ; l’essentiel de l’habillement est bien décrit. On doit remarquer que presque chaque information fait allusion à la légende de l’Erkene Qon : « Ils descendent des montagnes du nord », « Ils franchissent une barrière de rocher », « ils sont sortis des monts dans lesquels ils étaient enfermés », « Ils ont percé le roc solide […] pour sortir des monts. On rappelle à satiété qu’ils se proposent de soumettre le monde entier – ce qui est vrai. Certains, comme l’archevêque russe Peter, qui a fui l’invasion et témoigne en 1245 au concile de Lyon, connaissent « le Dieu unique des Tartares », la prétendue « filiation divine de leur chef », les prières quotidiennes qu’ils adressent au Créateur, les offrandes de prémices, les festins qu’ils célèbrent à la nouvelle lune, bref, l’essentiel de leur foi.
  En fait, la grande question qui demeure en suspens est celle de leur cannibalisme. Remarquons d’abord que les Latins comme les Slaves, les Arméniens ou les musulmans sont d’une manière générale effrayés par la nourriture des Mongols : ils les accusent de manger du chien des rats et du cheval ; De là a les faire manger de la chair humaine il n’y a qu’un pas, vite franchi par l’intermédiaire du « sang qu’ils boivent », du sang dont « ils sont assoiffés », ce qui peut être aussi bien pris au sens propre que figuré.
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« Répondre #13 le: 23 Mai 2007 à 19:50:08 »

J'ai rattrapé mon retard =D
le 22/05/07

Episode 12

                                                            Nous avons vu que les Mongols eux-mêmes – rappelons nous les descriptions exaltées de Djamuqa – ne manquent pas de se dire anthropophages et ils doivent s’être donnés bien du mal pour le faire accréditer, quoiqu’ils ne le soient pas – ou du moins pas habituellement, car il peut y avoir eu chez eux des cas de cannibalisme dicté par la faim, voire, ce qui serait plus intéressant des cas de cannibalisme rituel. Que ces derniers aient existé ou non, ce n’est pas à eux que les informateurs peuvent se référer. S’ils étaient pratiqués dans le contexte mystico-religieux du chamanisme, ce qui n’est pas rigoureusement impossible, ils devaient en effet avoir lieu dans le plus grand secret, dans un secret si grand qu’aujourd’hui nous ne sommes pas à même de le percer. Ajoutons que ces accusations d’anthropophagie n’étaient pas nouvelles et, sans remonter bien haut dans le temps, qu’elles coururent au X ème siècle à propos des Hongrois ( à l’origine de nos « ogres », qui ne doivent sans doute rien à l’ orcus latin).

La campagne en Europe centrale

  Au XII ème siècle, la grande puissance en Europe centrale est indiscutablement la Hongrie. Le roi Bela III (11732-1196), à défaut de pouvoir devenir basileus, c’est tourné vers ces voisins de l’ouest. Avec l’appui du clergé, du pape et de l’aristocratie, il a repris la Dalmatie, conquis la Galicie et repoussée les attaques vénitiennes. Au moment de son mariage avec Marguerite de France, une Capétienne, il est l’un des souverains les plus riches et les plus écoutés de l’Occident. Son royaume, qui baigne l’Adriatique, exerce une autorité presque sans partage sur la péninsule balkanique. On comprend ses ambitions orientales : n’était-ce pas un devoir pour la première puissance chrétienne que de conquérir à la fois les âmes et les terres de ceux qu’on nommait les Comans, Polovtses ou Qiptchaq selon que l’on parlait latin, russe, ou turc ? A la fin du XII ème siècle, peut-être au début du XIII ème siècle, ils en eurent au moins la conviction et commencèrent à s’en donner les moyens. C’est, nous n’en doutons pas, en tant que protecteur des Qiptchaq, pour venger l’honneur turc – un bon prétexte –, que Batu leur déclara la guerre.
  Au début de 1241, en plein hiver, les Mongols lancent leur aile droite, commandée par Qaïdu et Baïdar, sur la Pologne. Le 13 février, ils franchissent la Vistule sur la glace, saccagent Sandomierz, et leur avant-garde apparaisse aux abords de Cracovie. Le gros des forces ne tarde pas à suivre. L’armée polonaise qui veut leur barrer la route est battue à Chmielnik le 18 mars 1241. Plus rien ne protège Cracovie. Le roi Boleslav IV s’enfuit pour chercher refuge en Moravie et les Mongols entrent dans la ville – une petite ville : il n’y aura que des bourgades dans cette partie du monde –, l’incendient puis pénètrent en Silésie, passant l’Oder à Ratibor et ravageant la région de Breslau (Wroclaw). La Silésie, à cette époque, ce n’est pas l’Allemagne ; c’est la Pologne, et l’une de ses régions les plus peuplées et les plus riches. Cependant les Allemands s’alarment. Pour aider les Polonais et tenter d’arrêter la vague de sauvages qui déferle, ils envoient une armée de secours composée de croisés allemands et de chevaliers teutoniques, quelque 30 ou 40 000 hommes placés sous les ordres d’Henri de Silésie – une force comme on en voit peu en Europe.
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ZeCid
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« Répondre #14 le: 20 Juillet 2007 à 17:15:50 »

apu épisode ?

eskeu ya des bouquins qui détaillent l épopée mongole à ce niveau ?
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"L'ennemi croit que c'est nous l'ennemi, alors que c'est lui..." (P.Desproges)
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