Auteur Sujet: Le mythe des sorcières.  (Lu 4172 fois)

ZeCid

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Le mythe des sorcières.
« le: 25 avril 2007 à 09:14:39 »
Une théma d'arte (Halloween y est pour quelque chose) traitait des sorcières avec un intérêt historique bien plus important qu'il n'y semblait à 1ère vue. J'ai pris des notes.

Sorcières: mythe issue de la diabolisation par le christianisme des anciennes déesses paiennes grecques, romaines, celtiques, germaines et slaves.

A la fin du XVème, l'Europe est en proie au doute:
- petite glaciation (gel en mai, perte de récoltes).
- famines, épidémies (grande peste).
- guerre de cent ans et ses cohortes d'écorcheurs (en France).
- chute de Byzance et menace Ottomane.
- joug Mongol (Horde d'Or) sur la Russie et l'Ukraine (au mieux certains ont "seulement" à verser un tribut (Novgorod).

Le peuple souffre attrocement des conséquences de ces catastrophes climatiques, épidémiologiques, politiques.
Il cherche des coupables, et les juifs (l'habituel bouc émissaire) ne semblent pas disposer d'autant de pouvoir de nuisance: impossible de l'accuser une fois de plus.  

D'un point de vue religieux, se répand l'idée du châtiment divin, des épreuves que dieu envoie aux hommes pour les punir de leurs pèchés.
L'apocalypse semble être proche, le monde va être anéanti et chacun doit expier.  

"Le marteau des sorcières" (Malleus Maleficarum), 1486, est rédigé par un moine mysogine et sadique. Il deviendra le bréviaire des chasseurs de sorcières.
La femme y est largement décrite comme une "coupable", un "être ayant plus de faculté à pècher que l'homme".
Pourtant à l'époque, il semble que les femmes de basse condition sont en général plus pieuses que les hommes; par tradition orale, elles se transmettent des connaissances sur les herbes médicinales, les onguents, qu'elles utilisent pour se soigner, guérir, apaiser les douleurs, ou dont elles font des amulettes pour chasser le malin (les fortes odeurs font fuir le démon dans la croyance populaire).

Alors que dans tout le Moyen-Age, les cas de sorcellerie avèrés et les buchers sont rares, on va assister à une évolution exponentielle des procès. Et si la religion est impliquée, elle n'est pas en tout les cas l'initiatrice de ce phénomène: c'est le peuple lui-meme qui cherche des coupables à ses souffrances.  

L'idée d'une secte de sorcières devient communément admise dans l'opinion. (soit dit en passant, en france, il y eu les cathares qui furent considérés comme une secte assez tôt)
En 1560-1640, c'est le paroxysme de l'hystérie: notamment en Suisse, en Lorraine, aux Pays-Bas, et dans les régions germanophones d'europe centrale, des centaines de femmes sont brulées vives (on en recense 3000 une année); inquisition et torture généralisée.  
Les victimes jugées pour sorcellerie sont généralement des femmes, (75% chez les catholiques, un peu moins chez les protestants) plutôt vieilles, veuves, et marginalisées. En somme, ce sont les plus faibles qui héritent de la culpabilité de tous les maux de la société.

En 1618-1648, c'est le point culminant des guerres de religions (la guerre de 30 ans dans le Saint Empire Romain Germanique) qui perdurent depuis le début du XVIème siècle sous la forme de conflits et guerres civiles plus ou moins larvées.
Ces conflits sont implacables  car idéologiques: pas de compromis acceptable, tout du moins officiellement. (le sac de Magdebourg, la Saint Barthelemy, etc...)

Dans ces violences qui n'en finissent pas, les paysans sont tellement acculés à la famine et au désespoir, qu'ils coupent le blé des récoltes avec des herbes psychotropes comme l'ergot de seigle (LSD); ils mélangent à leur vin des produits toxiques, pour oublier leur quotidien. (nombreuses maladies physiques et mentales)

Dans ces conditions, lors des procès, pas étonnant de voir des femmes avouer sincèrement s'être envolée, avoir fait le sabbat, des hommes avouent s'être transformés en loup-garous, des témoins prétendent avoir vu des phénomènes incroyables; témoignages farfelus mais sincères...

2 ou 3 remarques:

- Je crois me souvenir que le sud, notamment l Italie, était moins touchée par la traque des adorateurs du démon. (la renaissance fait reculer la superstition ?)

- A la veille de son expansion bientôt d'ampleur mondiale, l'Europe est en proie aux intempéries, à la maladie, aux hypothétiques (et réelles) menaces d'invasions extérieures (Mongols, Ottomans), à la peur, et s'interroge sur le devenir du monde.

Il reste un grand mystère: en Irlande et en Russie, aucune chasse aux sorcières n'a été pratiquée.  
Le seul élément concret objectif est que ces 2 pays se trouvent aux extrémités de la chrétienté, à l'est et à l'ouest.
Les explications sont forcément culturelles et géographiques, mais de là à affirmer que c'est pour telle raison plutôt qu'une autre...

Si quelqu'un a des éléments d'explication, ce serait intéressant.
j'ai quand même une hypothèse perso: en Irlande comme en Russie, ils sont restés plus proches de la nature, les forêts, les esprits. Et donc pas d'hystérie contre les pov'vieilles qui squattent les cabanes des forêts. Il reste un vieux fond de paganisme, du fait que ces pays sont pas encore dans le "tout-agricole" (beaucoup de forestiers, bûcherons,...).
« Modifié: 16 septembre 2009 à 22:49:25 par ZeCid »
L'ennemi est bête, il croit que c'est nous l'ennemi, alors que c'est lui...