Auteur Sujet: Les celtes, abrégé: invasions, colonisations, déclin.  (Lu 7570 fois)

ZeCid

  • Esprimitif
  • Staff Esprits.net
  • *****
  • Messages: 3479
    • Voir le profil
Les celtes, abrégé: invasions, colonisations, déclin.
« le: 11 avril 2007 à 10:04:23 »
Des Proto-Celtes à l’invasion des " champs d’urnes ":
Entre 1800 et 1600 avant J.-C., se forme en Allemagne du Sud un peuplement protoceltique, et son rameau " goïdélique " commence à envahir la Grande-Bretagne (la langue des Goïdels est celle qui est encore parlée en Irlande).

Vers 1500 avant J.-C., en Allemagne du Sud et de l’Ouest, ainsi que dans la Gaule du Nord-Est, apparaît la civilisation protoceltique du bronze moyen. Entre 1500 et 1200 avant J.-C., les Proto-Celtes essaiment vers le centre et le sud-ouest de la Gaule.

Vers 1200 ont lieu les premières invasions, dites des " champs d’urnes ", qui se déroulent par vagues successives jusque vers 800 avant J.-C. Les Proto-Celtes sont amenés à coloniser une grande partie de la Gaule et de l’Espagne.


Des invasions à la grande colonisation celte:
Vers 725 avant J.-C., à la suite d’une invasion de Cimmériens dans la vallée du Danube, la civilisation celtique du premier âge du fer (période hallstattienne) se constitue en Allemagne du Sud, dans l’actuelle Tchécoslovaquie, en Autriche et en France, entretenant de nombreux rapports avec les cultures régionales des peuples voisins (Ligures, Ibères, Illyriens).

À partir de 650 avant J.-C., l’expansion de la colonisation grecque et du commerce étrusque sur les côtes méridionales de la France favorise les contacts entre les Celtes et la Méditerranée. D’un autre côté, les relations commerciales se multiplient entre l’Étrurie et la vallée du Rhin, par les cols des Alpes. En 600 avant J.-C., c’est la fondation de Marseille. Cette colonie phocéenne devait progressivement canaliser les échanges entre les Grecs et les Celtes, qui se font entre 550 et 480 avant J.-C., principalement par la vallée du Rhône.

Après 500, une première invasion des Celtes venus d’Allemagne du Sud et de la France de l’Est gagne la vallée du Rhône, traverse les Alpes et pénètre dans la vallée du Pô. Une première colonie s’installe au sud de Bologne et sur les contreforts de l’Apennin. Au début du Ve siècle se forme, en Allemagne du Sud, en France de l’Est, en Suisse et en Tchécoslovaquie, la civilisation de La Tène I (" La Tène " désigne une station protohistorique du lac de Neuchâtel).

Entre 400 et 300, une seconde invasion celtique, plus importante encore que la première, aboutit à la prise de possession par les Celtes de la majeure partie de la vallée du Pô. Rome est prise et incendiée en 390. Poussant ensuite vers l’Adriatique, les Gaulois s’emparent du Picenum. En 350, la prise de Bologne met le point final à la conquête de la vallée du Pô, qui devient la Gaule Cisalpine. Cependant, les Celtes commencent également à pénétrer dans les Balkans.

À la fin du IVe et au début du IIIe siècle avant J.-C., Marseille reprend son commerce avec les Celtes. Les Belges, originaires de la zone celtique transrhénane, pénètrent en Gaule ; leur arrivée déclenche, au cours du IIIe siècle, deux nouvelles vagues successives d’invasions qui se portent, les unes vers la côte méditerranéenne de la Gaule, l’Espagne et l’Italie, les autres vers les Balkans et l’Asie Mineure. La première de ces vagues est antérieure à 250, l’autre se situe au cours de la seconde moitié du IIIe siècle. En Gaule, les Celtes avancent, vers 300, dans la vallée du Rhône jusqu’au voisinage de Marseille. Vers 250, ils s’emparent du sud du Massif central et du Languedoc. Dans les Balkans, après 300, ils se sont installés dans la vallée de la Morava. En 280, ils attaquent dans trois directions : vers la Bulgarie, la Macédoine et la Grèce proprement dite. Après avoir pris et pillé Delphes en 279, ils sont repoussés, reviennent à leur point de départ, et constituent la principauté des Scordisques, dont la capitale est Singidunum (Belgrade). En Asie Mineure, un corps de Galates est appelé par le roi de Bithynie, Nicomède, en 278, tandis qu’un autre corps traverse l’Hellespont. Ils s’installent sur le plateau phrygien et sur l’Halys, et guerroient longtemps contre leurs voisins. Ils sont vaincus et soumis par Attale de Pergame en 241 et 230. En Italie, les premières vagues d’invasion du début du IIIe siècle avant J.-C. sont arrêtées par les Romains à Sentinum (295) et au lac Vadimon (282). En 283 est fondée la colonie de Sena Gallica, dans le Picenum, au nord d’Ancône et, en 268, celle d’Ariminum. Une nouvelle arrivée de Gaulois se produit vers 250 dans la vallée du Pô. En 232, la lex Flaminia organise le partage entre les colons romains de l’Ager Gallicus (Picenum). Une offensive gauloise est bloquée par les Romains au cap Télamon (225). Les contre-offensives romaines aboutissent à la défaite et à la soumission des Gaulois cisalpins (Clastidium, 223), à l’occupation de Milan et à la création des colonies de Plaisance et de Crémone (218 av. J.-C.).



Le grand repli:
Après l’intermède des Guerres puniques, qui permet aux Gaulois cisalpins de se soulever lors du passage d’Hannibal (218-201), la défaite finale des Insubres (196), la fondation des colonies de Bologne (189) et d’Aquilée (181) marquent l’achèvement de la conquête romaine de la Cisalpine. Cependant, en Espagne, les Romains se heurtent à la résistance des Celtibères (181-174 ; 154-152 ; 144-139). Dans les Balkans, les Celtes profitent de la décadence militaire et politique de la Grèce pour l’attaquer : en 135 les Scordisques envahissent la Thrace, en 114 ils pillent Delphes de nouveau.

Après la conquête de la Cisalpine et la pacification de l’Espagne, les Romains s’attaquent à la Gaule indépendante, dont ils annexent d’abord la partie méridionale, entre 122 et 118. Entre 113 et 103, les bandes armées des Cimbres et des Teutons, unissant des éléments celtiques à des tribus germaniques du nord de l’Allemagne, ravagent la Gaule et le Norique. Elles finissent par être écrasées en Provence et en Cisalpine (victoires de Marius en 102 à Aix, en 101 à Verceil).

À partir de 80 avant notre ère, le monde celtique devient l’homme malade de l’Europe barbare. Les Daces, sous la conduite de leur roi Burebistas, s’emparent d’Olbia sur la mer Noire en 63, remontent vers le Nord, conquièrent l’ex-Yougoslavie et la Hongrie actuelles, après avoir vaincu les principautés celtiques de la vallée du Danube. Ils obligent ensuite les Boïens, dont l’empire s’était étendu sur le Norique, à se réfugier dans le réduit bohémien. En pleine déconfiture à l’est, les Celtes le sont aussi au nord et, sous les coups des Germains, leur domaine tend à se réduire de plus en plus, et à se confondre avec les frontières naturelles de la Gaule.

Après les Cimbres et les Teutons, la confédération des Suèves, partie des rives de l’Oder et dirigée par Arioviste, envahit la rive droite du Rhin supérieur, immigre en Souabe et en Franconie, et soumet ce qui reste de tribus celtiques entre le Main, le Neckar et le Danube supérieur. D’après César, les Suèves ont commencé leurs migrations vers 72 avant J.-C. Vers 65, ils se sont attaqués à la rive gauche du Rhin. Ils ont installé, dans le nord de l’Alsace, les Triboques, dans la région de Spire, les Nemètes, dans celle de Worms, les Vangions. Une fois installé en Alsace, Arioviste parvient à s’introduite en Gaule, grâce aux dissensions entre cités gauloises.

Entre 58 et 50 avant J.-C., César conquiert la Gaule. En 43 après J.-C., l’empereur Claude, par la conquête de la Grande-Bretagne, réduit le dernier bastion des Celtes indépendants.

(Source = Académie de Clermond-Ferrand)



_____________________________________________________________________________


Les Celtes de la grande expansion historique (IVe-IIIe siècles av. J.-C)

L’irruption des Celtes en Italie et en Grèce a profondément ému les civilisations méditerranéennes. De l’incompréhension des témoins et, sans doute, de la bellicosité et du caractère exotique des Celtes, ont résulté des témoignages hauts en couleurs. Loin de vouloir redonner une image politiquement correcte à ces prétendus «barbares» ou de faire le procès des historiens, cet article se propose de tenter l’exégèse de quelques morceaux choisis.

Les origines
Ceux que nous rangeons aujourd’hui sous l’ethnonyme de Celtes, quelle qu’ait été jadis la valeur accordée à ce nom par les intéressés, furent appelés tantôt Keltoi tantôt Galatoi ou Galli par les historiens antiques. Cette grande famille de peuples occupait, vers 300 av. J.-C., plus du tiers du continent européen, alors que Rome était encore en guerre continuelle contre les villes voisines pour l’hégémonie en Italie centrale.

Ce que dit l’histoire…
La plus ancienne source de première main sur le mercenariat des Celtes nous vient de Xénophon . Il nous apprend que dès le début du IVe siècle av. J.-C, Denys de Syracuse a fourni à Sparte, son alliée, un contingent de mercenaires celtes et ibères pour combattre l’hégémonie de Thèbes. Ces mercenaires ont joué un rôle décisif lors de la bataille d’Eutresis, en 367, qui s’est soldée par une victoire spartiate. Quelques découvertes archéologiques récentes suggèrent que le mercenariat des Celtes pourrait déjà remonter au Ve siècle av. J.-C. .
Parmi les épisodes riches en descriptions historiques, l’expédition des Galates sur le Danube tient une place importante chez les historiens grecs des deux derniers siècles avant notre ère, avec le sac de Delphes en 279, l’installation de royaumes Galates en Thrace dès 277 et en Asie Mineure. Les Celtes se trouvent enrôlés comme mercenaires dans toutes les armées de la Méditerranée orientale et on retrouve leurs traces en Egypte, en Palestine et en Syrie . Les Galates sont constamment mentionnés dans les sources grecques, tantôt comme envahisseurs ou comme pillards, tantôt comme mercenaires engagés dans les armées des souverains hellénistiques ou de leurs ennemis, parfois comme diplomates . Malgré la fréquence des mentions, peu de sources décrivent de manière détaillée leur technique de combat. Quelques descriptions de batailles laissent entrevoir l’organisation générale de l’armée en phalange, les combats de chars et l’organisation de la cavalerie.

Chars de combat et cavalerie
Les historiens antiques mentionnent à plusieurs reprises l’utilisation de chars de combat par les Celtes, élément essentiel de l’organisation militaire entre le Ve et le IIIe siècle av. J.-C. Les chars à deux roues sont souvent attestés dans les tombes aristocratiques de toute la Celtique. Voyons ce que nous en dit Diodore au sujet de l’expédition de Brennus sur Delphes, en 279-278 av. J.-C.:«Dans les voyages et les combats, ils se servent de chars à deux chevaux, portant un conducteur et un guerrier. Ils dirigent, dans les guerres, leurs attaques contre les cavaliers, lancent le saunium et descendent ensuite pour combattre l’ennemi à l’épée» .
L’organisation de la cavalerie, maintes fois décrite laisse entrevoir des méthodes de combat très déstabilisantes pour des Méditerranéens. Selon Pausanias,«… à chaque cavalier étaient associés deux écuyers, qui étaient eux-mêmes des cavaliers hors pair et, comme leurs maîtres, possédaient un cheval. Lorsque les cavaliers galates engageaient le combat, les écuyers restaient derrière les lignes et se rendaient utiles de la manière suivante : si le cavalier tombait de cheval, l’un d’eux lui donnait le sien à monter. Si le cavalier était tué, l’écuyer montait le cheval de son maître à sa place. Si l’homme et sa monture étaient tués, un homme monté était prêt à le remplacer. Lorsqu’un cavalier était blessé, l’un d’eux le ramenait au camp, tandis que l’autre prenait sa place laissée vacante dans les rangs. (…) Ce mode d’organisation est appelé dans leur langue trimarcisia ; je vous rends attentifs au fait que (…) marca est le nom celtique du cheval.»
Kruta suppose que les deux écuyers sont des ambacti, c’est-à-dire des clients étroitement liés à un maître, le cavalier étant un aristocrate-guerrier. Plusieurs auteurs ont mentionné qu’à la mort du maître au combat, les clients se suicidaient ou couraient au front espérant être tués les armes à la main. Ce cliché a un sens, si l’on considère que le client, sans son maître, n’était rien. L’attachement contraignant au maître, leur donnait un rôle dans une société où ils ne pouvaient aspirer à un statut meilleur, sinon par la volonté de leur patron .
Toujours selon Kruta, jusqu’à la fin du IIIe siècle, les cavaliers étaient de l’infanterie montée, ce que suggère l’absence d’équipement spécifique du cavalier et la description de Polybe de la bataille de Cannes: «(…) lorsque les cavaliers gaulois et ibères de l’aile gauche carthaginoise arrivèrent au contact avec l’adversaire, ce fut une mêlée vraiment sauvage. (…) Dès le premier choc, ce ne furent plus que luttes d’homme à homme et les combattants mettaient pied à terre. » Relevons toutefois que le choix du type de combat à Cannes a été dicté par les circonstances et par une stratégie d’Hannibal, qui différait sans doute beaucoup de la technique de combat habituelle des Gaulois.
Dans tous les cas, la place prépondérante de la cavalerie aura tendance à s’affirmer de plus en plus et constituera une spécificité notable du combat celtique pendant la Guerre des Gaules. Tout au long de l’œuvre, la place prépondérante de la cavalerie gauloise et sa supériorité sur la cavalerie romaine seront des lieux communs. Pratiquement tous les corps de cavalerie de César seront composés de troupes auxiliaires gauloises .

Strabon écrira au Ier siècle av. J.-C. « Les Gaulois n’en sont pas moins tous naturellement doués pour le combat, et comme ils sont plus efficaces comme cavaliers que comme fantassins, la meilleure cavalerie de l’armée romaine se recrute chez eux. »

Les Gaulois en Italie: morceaux choisis
Premières confrontations
La bataille de l’Allia aurait pu être qualifiée de rencontre entre la barbarie et la civilisation. Il s’agit d’une bataille rangée : deux phalanges face à face, d’armement qualitativement équivalent. Dans les sources classiques, la plupart des événements de ce type se soldent quasi systématiquement par la victoire de la «civilisation», malgré la supériorité numérique des ennemis, qu’il nous est par ailleurs impossible de chiffrer. Une défaite retentissante comme celle de l’Allia, peu glorieuse pour Rome, a dû laisser une plaieprofonde, malgré la défense acharnée des Romains sur le Capitole et la revanche qui a suivi la prise de Rome elle-même . Il est intéressant que Tite Live présente la victoire gauloise sur l’Allia par Brennus comme tactique, alors qu’habituellement dans les sources, une victoire barbare ne peut s’expliquer que par leur multitude ou des conditions défavorables dues à la sacro-sainte Fortuna. Dans tous les cas, quelle que soit la dimension anachronique de cette affirmation et l’influence qu’ont pu jouer les récits de la «Guerre des Gaules» de César sur le jeune Tite-Live, il reconnaît à un chef barbare la qualité de stratège, ce qui tranche fortement avec les descriptions très stéréotypées habituelles, qui plus est, pour la première confrontation entre Rome et les Gaulois. Est-ce à dire que l’armée romaine, forte de cette expérience, aurait fait un progrès décisif et un important effort de stratégie et de discipline pour les guerres qui ont suivi?

La bataille de l’Allia
Déjà en face et aux alentours, tout était plein d’ennemis, et, comme cette nation a l’instinct des vaines démonstrations, ses chants sauvages et ses cris variés remplissaient ces lieux d’un horrible fracas.(…) Les tribuns (…) établissent leur ligne de bataille en étirant les ailes, pour éviter d’être enveloppés par la multitude des ennemis. Malgré tout, ils ne pouvaient égaliser les fronts.(…) En effet, Brennus, roi de ces bandes de Gaulois, voyant l’infériorité des ennemis, se méfiait beaucoup de leur habileté tactique ; persuadé qu’ils occupaient cette hauteur dans l’intention de laisser les Gaulois s’engager de front contre les légions et de lancer alors leurs réserves contre leurs arrières et leur flanc, il dirigea son attaque contre nos réserves, convaincu que, s’il les chassait de leur position, en terrain plat, sa grande supériorité numérique lui donnerait une victoire facile. On voit que non seulement la Fortune, mais la méthode même étaient du côté des barbares.(…) Mais sur le reste du front, dès que le cri de guerre (des Gaulois) se fit entendre,(…) sans rien savoir de l’ennemi et presque sans le voir, sans tenter de combattre, sans répondre par leur cri de guerre, sans avoir subi ni échec ni blessures, ils (les Romains) prirent la fuite(…) Suit la description de la débâcle de l’armée romaine. Des soldats s’entre-tuent en prenant la fuite, sont massacrés ou se noient en tentant de traverser le Tibre à la nage. Les survivants se réfugient dans la ville voisine de Veies .

La bataille de Télamon
Le récit par Polybe de la bataille de Télamon est sans doute l’un des plus détaillés concernant les Celtes au combat. Le soin du détail laisse transparaître quelques poncifs inévitables sur le tumultus gallicus, la nudité des combattants, les torques en or ou la qualité des armes gauloises. La véracité de ces détails, parfois remise en cause, est corroborée par les découvertes archéologiques. Laissons-nous entraîner au cœur de l’action par Polybe et faisons un zoom sur ce moment clé de l’histoire européenne. C’est en effet la victoire décisive sur les Gaulois cisalpins à Télamon qui a ouvert à Rome la voie vers les Alpes, qui conduira à la conquête de la Gaule près de deux siècles plus tard.

La bataille de Télamon
(…)Les Insubres et les Boïens s’entendirent entre eux et envoyèrent des émissaires auprès des populations établies dans les Alpes et dans la région du Rhône, gens qu’on appelle Gésates, parce qu’ils louent leurs services comme mercenaires. (…) Ils prirent résolument l’offensive, marchant sur l’Etrurie avec 50’000 hommes à pied et 20’000 autres à cheval ou sur des chars. (…) Un premier combat de cavalerie oppose l’avant-garde des Gaulois et des Romains : Quand ils eurent rejoint les Gaulois, ceux-ci s’élancèrent de leurs positions et tombèrent sur eux. Un combat acharné s’engagea. Finalement, la fougue et la supériorité numérique des Gaulois leur donnèrent la victoire. Les Romains perdirent pas moins de 6000 hommes et les autres prirent la fuite, allant pour la plupart se réfugier sur une position bien protégée (…) Les Gaulois continuent leur marche. Ils sont pris en tenaille entre les deux armées des consuls Attilius et Aemilius. (…) Les Gaulois se hâtèrent alors de déployer leur infanterie en la rangeant de façon qu’elle fît front des deux côtés, car (…) ils savaient qu’ils avaient une armée à leurs trousses et s’attendaient à voir l’autre surgir devant eux. (…) Les Gaulois avaient aligné face à l’armée d’Aemilius, dont ils attendaient le choc sur leurs arrières, les Gésates des Alpes et, derrière eux, les Insubres. De l’autre côté, faisant face dans la direction opposée et prêts à soutenir l’attaque des troupes d’Attilius, c’étaient les Taurisques qui se trouvaient massés avec les Boïens Cispadans. (…) Les Insubres et les Boïens, qui portaient des braies, jetèrent en outre sur leurs épaules des saies légères. Mais les Gésates, épris de gloire et pleins d’assurance, se débarrassèrent de leurs habits et se tinrent ainsi nus en première ligne. Ils pensaient que (…) les vêtements risquaient d’être accrochés (aux broussailles), ce qui les aurait gênés pour manier les armes. Suit un excursus de Polybe quant aux avantages et inconvénients des positions des deux armées. Un deuxième combat de cavalerie tourne à l’avantage des Romains. (…) Les Romains se sentaient encouragés en voyant l’ennemi pris entre deux armées et bloqués de tous côtés, mais cela n’empêchait pas qu’ils étaient fort impressionnés par l’ordonnance de l’armée gauloise et par le tapage qui s’élevait de ses rangs. Tandis que sonnaient d’innombrables cors et trompettes, l’armée tout entière poussait des clameurs guerrières(…) Non moins effrayants, par leur seule apparence et par leurs gesticulations, étaient les guerriers nus alignés en avant, hommes d’une stature exceptionnelle et dans la pleine force de l’âge. Tous ceux qui formaient les unités de première ligne étaient parés de bracelets et de colliers d’or (…) Les vélites romains s’avancent et lancent leurs javelots, si la deuxième ligne gauloise reste bien protégée, les soldats de première ligne, qui étaient nus, se trouvèrent (…) réduits à l’impuissance, car le bouclier gaulois ne pouvant protéger tout le corps, les traits les atteignirent d’autant plus qu’ils étaient nus et de haute taille. (…) les uns allèrent, dans un élan de fureur irraisonnée, se jeter en aveugles au milieu des ennemis, s’offrant volontairement à la mort, tandis que les autres reculaient progressivement vers leurs camarades alignés derrière eux (…), C’est ainsi que les vélites brisèrent la résolution des Gésates.
Sur l’autre front, le corps à corps s’est engagé entre les légions romaines et leurs alliés, d’un côté et les Insubres et les Boïens, de l’autre. Malgré les pertes qu’ils subissaient, leur ardeur combative ne le cédait en rien à celle des Romains et leur infériorité, tant collective qu’individuelle, tenait uniquement à la nature de leur armement. Leurs boucliers étaient loin de valoir ceux des Romains et, avec l’épée gauloise, ils ne pouvaient frapper que de taille. Lorsque la cavalerie romaine, dévalant la colline, vint les attaquer de flanc dans une charge fougueuse, l’infanterie gauloise fut taillée en pièces sur place, tandis que les cavaliers prenaient la fuite.
Polybe, II, 2, 22-31.

Le tumultus gallicus
La préparation psychologique à la bataille passe par les inévitables harangues des généraux à leurs soldats, dont le but est d’exalter au combat. Cette préparation et cette excitation, devaient avoir cours dans toutes les armées antiques. Le tumulte provoqué par les Celtes, souvent mentionné, devait néanmoins dépasser celui des autres armées. Ils avaient sans doute un style bien à eux, qui peut avoir été imité par d’autres. Les instruments mentionnés par Polybe (cors et trompettes) devaient être des carnyx, instruments alors sans doute inhabituels et au son insupportable aux oreilles des méditerranéens. Par ailleurs, on sait par diverses sources que les Romains frappaient leurs armes contre leurs boucliers pour faire du bruit.
Les Gésates
Ces combattants, dont Polybe nous dit qu’ils venaient des Alpes et de la vallée du Rhône ont été engagés comme mercenaires . Il s’agit d’un corps d’élite de fantassins, sans doute équipés de lances , de boucliers légers et peut-être d’une épée. Mis en première ligne de la phalange, ils devaient par leur maniabilité, pouvoir briser la première ligne ennemie par une attaque rapide. Cette conception du combat, typiquement celtique, est rapportée à plusieurs reprises par les auteurs antiques. Cette attitude face aux dangers du combat est bien sûr liée à la conception religieuse de la mort chez les Celtes, considérée comme un simple passage, et il n’y a donc pas de raison de la craindre. Au contraire, la braver au combat en s’exposant aux coups est le moyen de montrer à l’ennemi qu’on se battra jusqu’au bout et de le déstabiliser. Malheureusement pour eux, les Romains ont appris, au contact des Celtes eux-mêmes, à garder leur sang-froid et à voir le parti qu’ils pouvaient tirer de ces démonstrations. Les Gésates, nouveaux mercenaires engagés pour l’occasion, n’avaient sans doute jamais eu à se mesurer aux armées romaines et ne connaissaient sans doute pas encore l’efficacité redoutable de leur premier jet de pilum. Ils ont eu tout le loisir d’y goûter à Télamon.
Les Insubres et les Boïens, au contraire, forts de la solide expérience acquise au cours de plusieurs décennies de combats contre Rome, savaient à quoi s’attendre. D’où une approche plus prudente, un équipement plus lourd et un engagement plus efficace. Longtemps le combat reste indécis. Polybe, dans sa description de l’équipement des Celtes, ne mentionne ni cuirasses, ni équipements plus spécifiques . Le sayon (sagum) est la casaque gauloise en laine, habit traditionnel employé par les soldats en campagne, mais sans doute d’usage plus généralisé. Les fantassins insubres et boïens sont sans doute des hommes de la terre, dont la guerre n’est pas le métier et supposés retourner aux champs à la fin de la campagne militaire.

Les Gaulois cisalpins et les guerres Puniques
Les mercenaires Gaulois avaient la réputation d’être parfois peu fiables, tant du point de vue de leur rendement irrégulier au combat que de celui de leur loyauté envers leurs employeurs. Leurs qualités et leurs défauts seront exploités comme partie intégrante de leur stratégie par certains. Rome elle-même, lors de sa conquête de la région padane, notamment à l’occasion de la bataille de Télamon, employa des mercenaires gaulois et fit alliance avec les Cénomans contre les Insubres et les Boïens. L’appât du gain et les conflits d’intérêt entre les différents peuples de Gaule cisalpine ont sans doute rendu illusoire un front commun gaulois face à un Etat romain en pleine expansion. Toutefois, le meilleur exemple de l’emploi de Gaulois comme mercenaires en Italie est le fait d’Hannibal à la bataille de Cannes . Les récits de Polybe et Tite Live montrent à quel point le manque d’endurance du mercenaire gaulois pouvait être exploité comme élément stratégique d’un général tel qu’Hannibal. Conscient que les Gaulois pouvaient remporter la bataille au premier choc en semant une véritable panique dans les lignes ennemies, mais que si le combat se poursuivait, ils faibliraient très vite, il place leur phalange au centre, en première ligne, en gardant ses corps d’élite sur les ailes. Les Gaulois et les Ibères, comme prévu se ruent à l’assaut en faisant, au premier choc, un carnage dans les premiers rangs romains. Mais faiblissant dès la première surprise passée, ils reculent très vite en désordre au delà des lignes de leurs alliés carthaginois restés statiques sur les ailes. Les Romains, enthousiasmés par la tournure des événements et emportés par leur élan, les poursuivent et se retrouvent pris en étau entre les deux ailes carthaginoises, formées de corps d’élite expérimentés et encore frais. La bataille tourne très vite au massacre, toute retraite étant coupée à une armée romaine composée de nombreux soldats fraîchement recrutés. Les cavaliers numides, ibères et gaulois s’occupent de couper toute retraite aux légions ayant gardé un semblant d’organisation. Le fait que Rome ait déjà subi des défaites au Tessin et sans doute perdu une partie importante de ses armées n’est pas négligeable. Elle avait dû lever, à la hâte, des troupes en vue de la bataille décisive contre Hannibal. La plupart de ces soldats n’avaient sans doute jamais combattu auparavant. L’armée d’Hannibal était, en revanche, formée de vétérans chevronnés.



L'émigration bretonne du IVe au VIIe siècle.
Auteur: PaL_Agraes (esprit.net)


" Maintenant, je fais un topo sur l'émigration bretonne sur le continent.
Vers 380, le général romain Maximus Magnus (resté dans la légende bretonne sous le nom de Macsen Wledig), d'origine espagnole, passe sur le continent avec ses troupes bretonnes, il semble que l'un de ses capitaines fut le légendaire Conan Mériadec (ou Kynan Meriadawc, comme vous préferez langue3.gif). Maximus combat les barbares, puis les troupes de l'empereur d'Occident légitime qu'il évince et se couronne empereur à sa place. L'empereur d'Orient, pas très content de tout ça, bat à son tour Maximus et le fait executer. Les troupes bretonnes (qui comprenaient aussi bien Bretons, qu'Illyriens, ou Sarmates, la garnison du mur d'Hadrien en fait), sont grâciés et la plupart des soldats vont s'installer dans le nord-ouest de la Gaule, ou ils assurent dès lors la défense contre les barbares, laissant derrière eux beaucoup de toponymes (du style Bretteville). Petite mise au point au passage : l'Armorique ne désigne pas alors exclusivement la Bretagne, mais tout le littoral de la Manche. On dit que Konan Meriadec devint le premier roi de ce qui deviendra la Petite Bretagne. Au début, occupation militaire donc (les Bretons étaient depuis longtemps en charge de cette région, cela dit).
Ambrosius Aurelianus, après avoir triomphé dans l'île de son rival Vortigern (celui là même à qui on impute la première invasion saxonne, conduite par le Jute Hengist et au début utilisés comme mercenaires contre les Pictes), prit en charge l'installation de davantage encore de soldats-colons en Armorique, et il semble avoir eu en charge le gouvernement de l'ile de Bretagne comme de la Petite Bretagne, venant au secours des autorités romaines sur le continent avec ses Bretons, mais il sera battu par les troupes d'Euric le Wisigoth.

En 496, il semble qu'Arthur, probablement successeur d'Ambrosius ait vaincu une importante force de Saxons à la bataille de Badon (Bath ?), stoppant l'avancée des envahisseurs pendant une cinquantaine d'années. Pour certains, Arthur aurait mit en ses hommes en charge des différents royaumes bretons réemergeant suite au départ des Romains (les Bretons se revendiquant toujours comme Romains), et y aurait gagné le titre d'Emherawdyr (Empereur), ainsi que la poursuite de l'émigration bretonne vers le continent, cette fois ci aussi bien civile que militaire et religieuse.
Or, nouvel acteur sur le continent à l'époque : les Francs de Clovis. Ceux ci autorisent les Bretons à pérenniser leur installation dans les cités ossismes et vénetes, y ajoutant la cité coriosolite. Les Bretons s'établissent donc de la pointe du continent à une ligne qui va de Dol à Guérande, c'est-à-dire jusqu'aux portes de Rennes et de Nantes et y établissent 3 royaumes : le plus ancien, la Cornouaille, recouvre la cité ossisme, un autre sera établi à la force de l'épée par Waroch et deviendra le Bro-Erec, autour de Vannes, et enfin, sur l'ancien territoire coriosolite, la Dommonée.

La plupart des colons bretons viennent de la Dommonée insulaire, et du sud du Pays de Galles actuel (Dyfed), deux régions en butte aux raids irlandais (ceux ci allant même jusqu'à coloniser certaines régions du pays de Galles, ou ils furent peu à peu assimilés par les Bretons) plus qu'à l'invasion Saxonne (sauf pour l'ouest de la Dommonée). Les contacts entre continent et île ne se stoppèrent qu'après les invasions scandinaves.
Maintenant, Tristan et Iseult. Tristan (ou Drystan) semble avoir été le fils du roi March plutôt que son neveu, Iseult (Eisylt) étant sans doute une princesse irlandaise.

March était lui le seigneur d'un vaste territoire, d'une partie de la Dommonée insulaire, qui sera nommée Kernyw (Cornouaille insulaire) par la suite ; et du Poher en Dommonée continentale sous le nom de Conomore (Conan Mawr, Conan le Grand), où il accumula beaucoup de pouvoir, fut en opposition avec plusieurs 'saints', dont Samson, et était probablement en passe d'unifier les royaumes de Petite Bretagne quand il fut tué par les troupes du franc Clothaire (l'unité ne sera réalisée qu'après 800 par Nominoé, qui s'empara de Nantes et de Rennes).
Donc une légende très revelatrice du contexte de l'époque, et des relations entre Irlande, Bretagne insulaire et Bretagne continentale.

Pour ceux qui s'intéressent à tout ça, deux livres : Les Origines de la Bretagne, par Léon Fleuriot ; et Les Royaumes Brittoniques au Très Haut Moyen Age par Christian Kerboul chez Coop Breizh."
« Modifié: 16 septembre 2009 à 23:00:09 par ZeCid »
L'ennemi est bête, il croit que c'est nous l'ennemi, alors que c'est lui...

ZeCid

  • Esprimitif
  • Staff Esprits.net
  • *****
  • Messages: 3479
    • Voir le profil
Les celtes, abrégé: invasions, colonisations, déclin.
« Réponse #1 le: 11 avril 2007 à 10:05:25 »
L'ennemi est bête, il croit que c'est nous l'ennemi, alors que c'est lui...

ZeCid

  • Esprimitif
  • Staff Esprits.net
  • *****
  • Messages: 3479
    • Voir le profil
Les celtes, abrégé: invasions, colonisations, déclin.
« Réponse #2 le: 13 octobre 2007 à 16:26:16 »




« Modifié: 16 septembre 2009 à 22:54:35 par ZeCid »
L'ennemi est bête, il croit que c'est nous l'ennemi, alors que c'est lui...

GardeSerpent

  • Crapaud
  • **
  • Messages: 380
    • Voir le profil
Les celtes, abrégé: invasions, colonisations, déclin.
« Réponse #3 le: 14 octobre 2007 à 08:59:02 »
Jolies les images. :)
Dit moi ze-cid, n'aurais tu pas des pulsion écrivaine / historienne en ce moment :happy:
Hallowed are the Oris!

ZeCid

  • Esprimitif
  • Staff Esprits.net
  • *****
  • Messages: 3479
    • Voir le profil
Les celtes, abrégé: invasions, colonisations, déclin.
« Réponse #4 le: 14 octobre 2007 à 11:33:43 »
cà doit être la pleine lune :o
L'ennemi est bête, il croit que c'est nous l'ennemi, alors que c'est lui...